15 février 2011

(Re)Lire ses classiques #3


L’Œuvre, Emile ZOLA

L’art ou la vie ou comment ZOLA prend la défense de l’art moderne.

Dans la famille des Rougon-Macquart, on vous avait déjà parlé ici de la première génération, celle qui allait déterminer les destins tragiques de ses descendants. Sautons quelques années pour nous intéresser à Claude Lantier, l’un des fils de Gervaise. Grâce à un vieux monsieur qui avait vu en lui un artiste en herbe, Claude a quitté Paris à l’âge neuf ans pour recevoir, dans le Midi, une éducation sérieuse lui permettant d’échapper à la misère familiale. Son ambition est, à l’âge adulte, de devenir un grand peintre. Pas l’un de ces messieurs de l’Académie qui n’ont rien compris à la peinture, mais un artiste visionnaire, capable de rendre compte sur la toile de la Vérité du monde en mouvement, ses couleurs, ses lumières. Un peintre moderne. Dans son petit atelier, il s’acharne à l’œuvre qui devrait lui permettre d’entrer au Salon. Un grand tableau au sujet étrange : un déjeuner dans les bois où, aux côtés d’hommes en habit, apparaît une femme nue. La figure féminine lui échappe, les modèles ne l’inspirent pas. C’est la rencontre fortuite avec Christine, une malheureuse petite provinciale effrayée par la grande ville, qui lui permet de trouver l’inspiration et, par la suite, le grand amour. Car Claude est aussi passionné dans son art que dans sa vie. Des élans de créativité qui le dévorent et puis l’accablent, tantôt certain d’être un génie, tantôt convaincu que jamais il ne parviendra à réaliser la peinture dont il rêve. La fameuse toile, Plein air, est évidemment refusée au Salon mais sera exposée, et c’est une première, au Salon des refusés. Création voulue par Napoléon III, ce Salon off  est une réponse aux critiques qui remettent en question les choix du jury du Salon ; le public pourra se faire sa propre opinion. Et le tout Paris de découvrir ces peintres qui n’ont pas été légitimés par les institutions officielles. La toile de Claude est la vedette de l’exposition, non pas pour ses qualités, mais bien par l’incroyable risée qu’elle déclanche chez les spectateurs. La foule vient se gausser devant cette image absurde, en rupture avec les normes et les goûts de l’époque. Malgré la reconnaissance de certains de ses pairs qui voient en lui le chef de file possible d’une nouvelle peinture, ce revers et cette humiliation marquent pour l’artiste maudit le début de la fin.

Même si ce volume des Rougon-Macquart s’inscrit dans la logique du grand roman expérimental voulu par ZOLA (le tempérament passionné et borderline de Claude étant en partie expliqué par sa génétique), c’est avant tout un incroyable document sur les débuts de la peinture moderne à Paris. Familier de Cézanne et de Manet (Plein air renvoie de manière à peine déguisée à son Déjeuner sur l’herbe), ZOLA témoigne ici des résistances de l’académisme et du public face à cette nouvelle manière de faire de la peinture dans la deuxième moitié du 19ème siècle. Le destin de Claude est celui de ces artistes qui ont voulu rompre avec la peinture officielle et, en sortant des ateliers, en cherchant à rendre compte du travail de la lumière (tout comme Monet, Claude tente de percevoir les changements de lumière sur un même sujet à différents moments), en tentant d’approcher la Vérité, ont révolutionné la peinture. On pourrait presque parler de bohème pour le quotidien de ces hommes sans le sou, prêts à tout sacrifier pour leur art. Et dans cette quête de modernité, ZOLA s’offre même un autoportrait déguisé à travers le personnage d’un écrivain qui tente, contre les critiques, de réinventer le roman et de construire un vaste cycle où l’hérédité, le milieu et les circonstances historiques expliqueraient les comportements humains.

Un roman passionnant sur l’artiste au travail où ZOLA parvient à rendre compte par l’écriture de cette modernité que son personnage tente de capturer, à travers les descriptions des scènes de foules, des lumières de Paris, des mouvements sur la toile. Amusant de constater que dans sa fougue ZOLA en vient parfois à un lyrisme un poil too much, alors que c’est cela même qu’il reproche aux écrivains romantiques.

Emile Zola par Edouard Manet (1868)

7 février 2011

Play it again, Paul

Sunset Park, Paul AUSTER

On a tous quelque chose en nous de Paul Auster…

On l’avait quitté il y a un an à peine (ici) et pourtant il est déjà de retour (en VO, certes, mais la traduction ne saurait tarder). Et comme à chaque fois, ça marche. AUSTER a ce don de créer en quelques pages une atmosphère, un personnage, une situation auxquels on est aussitôt attachés. Une petite musique qui n’appartient qu’à lui et dont les amateurs (qui a dit groupies ?) ne se lassent jamais. Tout en délaissant un peu le côté « histoire dans l’histoire dans l’histoire » de ses derniers romans, il retrouve cependant ses incontournables : un père, un fils, Brooklyn. Du concentré d’AUSTER.
Et pourtant le roman débute en Floride où Milles, jeune adulte, vivote au gré des petits boulots, le dernier en date consistant à vider les maisons que les victimes de la crise financière ont du abandonner. Exilé volontaire depuis plusieurs années, il a fui ses parents sans plus donner de nouvelles et porte, comme on dit dans ces cas-là, un lourd secret. Mais le hasard – autre outil de la panoplie austerienne – le ramènera vers Brooklyn, à Sunset Park, où un ami d’enfance s’est installé dans une maison laissée à l’abandon. Un squat assez confortable où Milles fera la rencontre de colocataires qui, eux aussi, semblent avoir mis leur vie sur pause. Les récits de chacun de ces personnages vont se croiser et donner vie à un petit monde dont on a du mal à s’échapper.

Dans Brooklyn Follies, les personnages rêvaient d’un lieu idéal, un endroit où réaliser leurs désirs : l’Hôtel Existence. Dans Sunset Park, les habitants de la maison abandonnée, unissant leurs forces contre une adversité aux formes diverses, semblent aussi vouloir croire en leurs rêves : devenir artiste, maintenir le passé en vie, trouver l’amour. Utopie ? À voir…
Sans avoir l’air d’y toucher, l’auteur montre aussi comment la crise financière affecte le réel. Des maisons à l’abandon, des objets au rebut, des éditeurs aux abois, … Mais Paul (depuis les années, j’ai bien le droit de l’appeler par son petit nom) fonctionne par petites touches, par un jeu subtil d’éléments qui se répondent et créent la trame narrative de son roman. Les digressions, les réflexions sur l’art, les coïncidences, … Un air familier mais qui parvient malgré tout à étonner et à espérer voir arriver le prochain roman le plus vite possible.

Référence :
Paul AUSTER, Sunset Park, Henry Holt, 2010

1 février 2011

Classé sans suite

Retour parmi les hommes, Philippe BESSON

Retrouvailles avec le jeune héros du premier roman de Philippe BESSON.

« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. »
Contrairement aux contes, la plupart des romans nous donnent la possibilité d’imaginer la suite de l’histoire. Que deviennent tous ces personnages qui, le temps de la lecture, nous ont emmenés dans leur sillage? Une fois le livre refermé, ils restent parfois en nous, comme les souvenirs de ces amis d’enfance dont on finit par perdre la trace. Alors faut-il ou non donner suite à un roman qui, au départ, n’en attendait pas et risquer les retrouvailles ? C’est la question que l’on peut se poser après avoir lu Retour parmi les hommes où Philippe BESSON, dix ans après la parution de son premier roman En l’absence des hommes, nous donne des nouvelles de son jeune héros.
Nous avions quitté Vincent de L’Étoile, alors âgé de seize ans, en plein désarroi. Dans le cocon doré de sa jeunesse des beaux quartiers, pendant que la guerre terrassait l’Europe, il découvrait l’amour dans les bras d’un soldat en permission et, en même temps, l’amitié délicieuse et ambiguë du plus sensible des mondains, Marcel Proust. Mais la guerre réclamait son dû et Arthur, l’être aimé, celui par qui le corps de Vincent s’était révélé à lui-même, est tombé au champ de bataille, laissant son jeune amant désolé et sur le départ. Vers où ? C’était au lecteur d’imaginer la suite.
J’avais été très touché par ce premier roman qui rendait compte, avec beaucoup de grâce et de sensualité, des premiers émois amoureux de l’adolescence. L’écriture de BESSON, enlevée, lyrique mais maîtrisée, sonnait juste (les romans qui ont suivi m’ont semblé souvent plus laborieux et un rien affectés). Se décider de lire cette suite, c’était à la fois vouloir retrouver un peu de cette intimité avec le personnage mais aussi s’exposer à la comparaison et, comme souvent dans ces cas-là, à la déception.

Dans Retour parmi les hommes, Vincent raconte d’abord la lente dérive qui l’a, durant sept années, éloigné de Paris et de sa famille avec qui il a coupé les ponts. Des terres étrangères, exotiques dont il goûte à peine la saveur particulière. La douleur de la perte l’a rendu étranger à lui-même et aux autres et c’est dans la solitude, loin du confort de Paris, qu’il découvre le monde, suivant presque sans le vouloir les traces du Rimbaud-voyageur. Et puis ce sera le départ pour le Nouveau Monde, un pays de promesses où l’on peut se réinventer et repartir à zéro. Mais, on l’apprend rapidement, il est impossible d’échapper à sa famille et à son milieu et Vincent finira par rentrer à Paris, retrouvant le vide que ses années d’errance n’ont pas réussi à combler.
La première partie du roman est un très beau récit de voyage où l’on retrouve avec un certain plaisir le personnage de Vincent, solitaire, presque mutique, une page blanche qui ne demande qu’à être remplie. La suite, en ce qui me concerne, passe moins bien et BESSON, en voulant écrire un roman dans le sillon du premier, semble vouloir à tout prix ressortir les mêmes schémas (je n’en dirai pas plus afin de ménager l’effet de surprise) et finit par lasser un peu. Il y a dix ans, je trouvais son écriture légère ; aujourd’hui, elle me semble de plus en plus lourde et faussement précieuse (les quelques passages un peu sensuels frisent même la littérature à l’eau de rose). Je ne suis pas certain que BESSON ait radicalement changé sa manière d’écrire. Ce dont je suis certain, c’est que je ne suis plus le même lecteur qu’il y a dix ans.
Difficile de conseiller ou de déconseiller. Les inconditionnels de l’auteur aimeront certainement. Ceux qui le liront en souvenir du premier pourraient être déçus.

Référence :
Philippe BESSON, Retour parmi les hommes, Julliard, 2011.

29 janvier 2011

La photo ou la vie

En attendant Rober Capa, Susana FORTES

L'histoire bouleversante de la courte vie de la compagne de Robert Capa, la photographe Gerta Taro.

Un jeune homme, chemise blanche, cartouchière à la ceinture et fusil au poing, dévalant un colline et projeté en arrière, dans un ultime mouvement, arrêté en pleine course par l'impact d'une balle. Tout le monde a à l'esprit cette photo de Robert Capa, non seulement parce qu'elle représente l'instant ultime de la mort d'un homme et toute l'horreur de la guerre, mais également parce qu'elle a suscité la controverse : certains affirment qu'elle est n'est qu'une mise en scène. Capa prendra par la suite des milliers de photos et sera de tous les conflits, utilisant son appareil photo comme arme contre l'oppresseur. Puis il fondera, avec d'autres, l'agence Magnum. Mais cette photo sera celle qui l'accompagnera partout et qui le hantera à jamais.
Il fallait beaucoup de courage pour se rendre en Espagne, pendant que la guerre civile faisait rage. Or, c'est précisément pendant cet affrontement entre soldats républicains et milices franquistes que ce cliché fut pris. Il fallait plus de courage encore quand on était une femme. Car plus que la vie de Capa, c'est celle de Gerta Pohorylle que nous raconte Susanna FORTES. Gerta, jeune émigrée juive polonaise, gravite dans les milieux intellectuels parisiens. Elle y rencontre un autre réfugié juif, André Friedman, et tombe sous le charme du jeune photographe impétueux et écorché. Il lui apprendra la photographie, elle lui apprendra à gérer son image. Ensemble, ils créeront le personnage de Robert Capa, soit disant photographe américain réputé, identité qui deviendra finalement définitivement celle d'André Friedman. Gerta elle-même prit le nom de Gerta Taro. Et ensemble, ils partiront en Espagne, voir de tout près cette guerre qui fit tant de victimes. "Quand je pense à tous les gens extraordinaires qui sont morts au cours de cette guerre, écrira Greta dans son journal le matin même de sa mort, j'ai l'impression, d'une façon ou d'une autre, qu'il n'est pas juste que je sois encore en vie".
Gerta et Robert sont amoureux fous et pourtant, mûs tous les deux par un terrible besoin d'indépendance, ils se quitteront souvent pour mieux se retrouver. Sauf une fois, la dernière,...
"Le personnage de Robert Capa avait déjà retenu mon attention, raconte, dans sa postface, la romancière espagnole(...) Plus d'une fois j'avais envisagé d'écrire quelque chose sur sa vie. Il me semblait que ce pays, l'Espagne, lui devait à tout le moins un roman. Qu'il leur devait à tous les deux. C'était pour moi une conviction, comme s'il avait une dette envers eux". Car derrière la belle histoire d'amour, il est question, évoqués par une écriture sobre et touchante, de la deuxième guerre mondiale qui se profile, de l'antisémitisme qui sévit déjà dans toutes l'Europe. Il est question aussi bien sûr de la guerre d'Espagne, dont on a si peu parlé et qui a si peu suscité la réaction des pays avoisinants à l'époque. Et surtout, il est question d'hommes et de femmes qui se sont battus contre le fascisme, qui toute leur vie ont défendu leurs idéaux et qui pensaient qu'une bonne photo, témoignage le plus parlant des horreur du monde, valait bien leur vie.

Merci à Blog-o-book et aux éditions Héloïse d'Ormesson pour ce partenariat.

Référence :
Susanna FORTES, En attendant Robert Capa, roman traduit de l'espagnol par Julie Marcot, Editions Héloïse d'Ormesson, 2011.

25 janvier 2011

Éleveur d’artistes

Torturez l’artiste !, Joey GOEBEL

Brûlez vos maisons, faites-vous larguer, tombez malades : devenez créatifs !

Parmi ce qui unit les plus grands artistes, la souffrance, qu’elle soit physique ou psychologique, est une récurrence. On crée souvent pour combler un manque, pour exprimer un mal-être, pour gagner contre le temps, contre la mort. Alors pourquoi ne pas donner un petit coup de pouce au destin en mettant tout en place pour s’assurer qu’un artiste se retrouve bien face à des situations pénibles, difficiles à vivre et, par là, lui permettre de réaliser de grandes choses ? C’est le pari – discutable ! –  que tente de gagner la Nouvelle Renaissance. Jouet d’un puissant industriel de la société du spectacle, cette organisation secrète se propose de relever le niveau de la culture de masse en mettant sur le marché des artistes capables de créer des œuvres puissantes et populaires. Pour cela, Nouvelle Renaissance a ouvert une Académie destinée à former des enfants prodiges. Et c’est ainsi qu’Harlan fait la connaissance du jeune Vincent. Officiellement, Harlan est son manager mais en réalité il est surtout là pour lui éviter de devenir heureux. En l’éloignant des siens, en tuant son chien, en mettant le feu à sa maison, … Semer la souffrance pour récolter des chefs d’œuvre…

Le roman raconte le parcours de Vincent dans cette carrière que d’autres ont décidée pour lui. Et cela fonctionne : plus il triste, déçu par la vie et par les autres, plus il est créatif. Chansons, scénarios de films, de séries télévisées : tout ce qu’il entreprend finit par toucher un large public et rehausse le niveau de la culture américaine, gangrenée par les films d’action à gros budget et les vedettes latinos aux formes généreuses (JLo, si tu nous regardes…). Comme vous vous en doutez, le ton est ici assez décalé et l’auteur s’amuse beaucoup au jeu de la satire de l’industrie du spectacle, vaine et immorale. Un livre assez léger mais qui peut parfois, par des effets un peu faciles et, au final, par trop de sentimentalisme, ressembler à ce qu’il prétendait critiquer.

Référence :
Joey GOEBEL, Torturez l’artiste !, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claro, 10/18, 2009.

19 janvier 2011

Qui a tué Mini Miss ?

Petite soeur, mon amour, Joyce Carol OATES

Après Blonde, où elle s'attaquait au mythe de Marilyn Monroe, Joyce Carol OATES nous offre un roman-fleuve magistral qui s'inspire du meurtre d'une petite miss, aux Etats-Unis, dans les années 90.

Vous vous rappelez, sans doute, comme moi, de ce fait divers qui a fait le tour du monde : la nuit de Noël 1996, Jonbenet Rampsey, petite fille de 6 ans, spécialiste des concours de mini miss, était assassinée et retrouvée quelques heures après dans la cave de sa maison. On se souvient des images diffusées par des médias déchaînés montrant une enfant peroxydée et brushinguée, sanglée dans des robes décolletées, maquillée avec soin et exécutant quelques pas de danse sexy ou chantant d'une voix suave un "God bless America" destiné à charmer le jury. Il fallait l'audace et le talent de Joyce Carol OATES pour oser s'attaquer à un tel sujet et surtout pour parvenir à en faire non pas un polar scabreux mais un roman grandiose et intense qui coupe le souffle du début à la fin.
Le point de vue choisi est celui de Skyler Rampike, frère de la petite victime, le petite garçon qui grimaçait sur les bords des photos censées montrer le bonheur de la famille Rampike, comme s'il allait en tomber. Le petit garçon a aujourd'hui 19 ans et s'apprête à fêter le triste anniversaire des dix ans de la mort de sa petite sœur. Perdu, esseulé, drogué, il tente de raconter dans un récit foisonnant et déstructuré la grandeur et le déclin de la famille Rampike. Son livre est-il une enquête, une catharsis, un aveu ? Nous ne le saurons qu'à la fin.
Plus que la petite fille, c'est sans doute sa mère, Betsey, le personnage principal du livre. Une femme complexée, nerveuse et déprimée qui souffre de ne pas parvenir à s'insérer dans la petite ville américaine dans laquelle la famille Rampike a déménagé. Elle rêve de se faire des amies taille 38 (alors qu'elle ne rentre douloureusement que dans une taille 44), entrer dans les clubs en vue de la région et se faire inviter aux fêtes de Noël de ses voisins les plus riches. Mais personne ne s'intéresse à la pauvre Betsey Rampike jusqu'à ce que sa fille, la petite Edna Louise, bébé pleurnichard venu trop tôt dont Betsey s'est toujours fortement désintéressée, montre un certain talent pour... le patinage. Car Joyce Carol OATES a fait de son personnage une petite patineuse. Maman Rampsey rebaptise son enfant Bliss  ("comme une pop star bandante" dira son frère) et ne recule devant rien pour faire avancer sa carrière : entraînement quotidien, décoloration des cheveux, tenues coutures, engagement d'un chorégraphe, cours de mannequinat et surtout panoplies de médecins, thérapeutes en tout genre et médicaments. Le père, Bix Rampike, jeune cadre très dynamique, charmeur, autoritaire et infidèle suit de loin la carrière de sa fille. Un macho écœurant, qui, parfois, envahi d'un soudain sentiment de culpabilité, multiplie les preuves d'amour ostentatoires pour sa famille, avant de disparaître à nouveau (séparation ? voyage d'affaire? Skyler ne sait jamais très bien). Et Skyler, le "petit homme de sa maman" est relégué au rang de témoin des performances étonnantes de sa sœur et de la souffrance de la petite fille. Parce que Bliss, lorsqu'elle n'est pas sous les projecteurs est une petite fille angoissée, qui fait pipi au lit et est incapable d'apprendre à lire.
Les sujets de ce livre sont l'enfance volée d'une petite fille tyrannisée par une mère narcissique et de son grand frère sacrifié (à plusieurs titres...) mais aussi l'histoire d'une Amérique terriblement puritaine et parfaitement hypocrite guidée par les convenances et les apparences, une société qui convoque Jésus à tout bout de champ mais assomme ses enfants de médicaments censés tout régler à leur place.
Et puis il y a le dénouement... car Joyce Carol OATES imagine une terrible explication à cette affaire non résolue. Une histoire sur la cruauté ordinaire par une auteure extraordinaire.

Référence :
Joyce Carol OATES, Petite sœur, mon amour, traduit de l'anglais par Claude Seban, Philippe Rey, 2010, 667p.

16 janvier 2011

Clown triste

L’Homme-Alphabet, Richard GROSSMAN

Un roman noir à l'écriture fiévreuse qui finit pas lasser.

Clyde Wayne Franklin a tout pour passionner une société américaine avide de spectaculaire : il est à la fois assassin et poète. Condamné pour le meurtre de son père (et peut-être également celui de sa mère), il a passé vingt ans derrière les barreaux, le temps de devenir un immense poète controversé et de transformer son corps en objet même de poésie : toutes les lettres de l’alphabet (sauf deux) y sont tatouées. Alors qu’il est redevenu un homme libre, il reçoit l’appel à l’aide de Barbie, sa petite amie, une ex-prostituée embarquée dans une histoire de chantage touchant de près un sénateur qui a le vent en poupe. Mais le fil de l’histoire est comme court-circuité par une autre voix, celle d’un étrange clown, sorte de double délirant de Clyde qui apparaît quand celui-ci est victime de l’un de ses nombreux black-out. Le clown ramène à la conscience des bribes de l’enfance de Clyde, la violence de son père, la passivité inquiétante de sa mère ainsi que les jeux sexuels auxquels ils se livraient devant leur fils. Le texte semble alors voler en éclats, les lettres prenant (dans un exercice de typographie assez remarquable) le pouvoir de manière étrange.

Tous les ingrédients étaient là pour faire de ce livre un grand roman noir mais malheureusement je suis passé à côté. A force de vouloir perdre le lecteur dans l’esprit bouillonnant et débridé du personnage, GROSSMAN finit par lasser. Alors oui, c’est original, l’écriture est d’une incroyable densité mais, et ce n’est ici que mon avis, on s’ennuie un peu et ce qui au départ semblait incroyablement puissant devient, une fois passé la moitié du bouquin, fastidieux. Il n’en reste pas moins qu’on est parfois pris de vertige (ce qui en soi est plutôt une réussite) face à ces torrents de mots qui se déversent sur les pages. Et si je reconnais les qualités indéniables du travail de l’écriture, je ne peux malheureusement pas en dire autant du reste du livre. Dommage car, une fois encore, c’était plutôt bien parti.

Le livre a néanmoins ses défenseurs, comme Keisha  ou Marianne.

Tandis que pour Biblio, Doriane et Mic, les avis sont très mitigés.

On n’en remercie pour autant pas moins Blog-O-Book et les éditions Le cherche midi.

Référence :
Richard GROSSMAN, L’Homme-Alphabet, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié, Le cherche midi, 2010.

12 janvier 2011

La petite famille dans la prairie

Montana 1948, Larry WATSON

Court roman d’initiation et d’apprentissage du métier de fils dans les grandes plaines du Montana.

Les romans qui ont pour cadre les grands espaces américains ont souvent un goût d’âpreté, de rugosité un peu sauvage qui donne aux drames qui s’y jouent un sel particulier (comme ici). Et la petite ville du Montana où habite David Hayden ne faillit pas à la règle. Des terres à perte de vue, la réserve d’Indiens, les grandes propriétés, un monde d’hommes et de traditions : tout y est. David, douze ans, est le fils du shérif, un homme débonnaire qui exerce sa profession à regret et avec douceur. A-t-on jamais vu un shérif se balader sans son insigne et sans son arme ? Le père de David aurait pu être avocat, partir pour la grande ville, mais dans la famille on est shérif de père en fils, tradition que le patriarche entend bien faire respecter. L’oncle de David a lui fait des études de médecine. C’est le fils prodigue, héros de guerre, docteur très respecté, préféré du patriarche. Mais quand la jeune indienne qui travaille dans la maison de David en vient à porter de graves accusations à l’encontre de cet oncle aimé de tous, les fêlures de la famille apparaissent au grand jour et les liens du sang partent à l’assaut de la justice. Que choisir : être fidèle à sa famille ou à ses convictions ? Le père de David devra prendre de lourdes décisions, sous l’œil de son fils qui, cet été-là, quittera définitivement le monde de l’enfance.

Dans ce roman d’initiation écrit en 1993, l’auteur parvient à rendre assez justement le regard d’un enfant de douze ans sur les valeurs et les enjeux de pouvoir au sein de sa famille. Le thème de la filiation, de la fidélité au père, des rivalités entre frères sont ici amenés avec beaucoup de sincérité et de simplicité. Même si le style n’est pas la qualité première du roman, WATSON parvient cependant à créer une atmosphère particulière, lourde de tension et toujours au bord de l’explosion, comme si les hommes de ces terres immenses avaient gardé en eux toute la fureur dont la nature peut être capable.

Un livre découvert chez In Cold Blog qui dans son billet fait également part d’autres commentaires blogoboulesques.

Référence :
Larry WATSON, Montana 1948, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bertrand Péguillan, Gallmeister, 2010.

7 janvier 2011

A stranger in paradise

L’étrangère, Sándor MÁRAI

Errance existentielle sous un soleil de plomb. Ami des Zweig, Mann et autres : sois ici le bienvenu.

Viktor Henrik Askenazi a quitté Paris pour une petite station balnéaire de la mer Adriatique. Un « tout petit endroit », un refuge ; une punition ? Pressé par son entourage, Askenazi s’en est allé en vacances pour prendre de la distance par rapport à une situation qui mettait à mal les conventions de la bonne société de l’entre-deux guerres. Comment un homme installé, érudit, a-t-il pu quitter sur un coup de tête femme et enfant pour s’installer dans un hôtel avec une danseuse ? Une semi-mondaine, une cocote, une étrangère. Peut-on parler de passion amoureuse ? Pas certain. Askenazi, après avoir exploré à ses côtés les possibilités offertes par le corps, a quitté la danseuse, doutant d’avoir trouvé dans cette odyssée sensuelle les réponses aux questions qui l’assaillent. S’ensuit une période de doutes et d’angoisse existentielle.

Les premières pages de ce roman écrit en 1934 sont éblouissantes de maîtrise. L’écriture de MÁRAI, auteur hongrois, y dresse le portrait d’une petite société bourgeoise usée en lutte avec une chaleur plombante. Un monde d’apparences et de bon sens étriqué –  on est loin des années folles – dans lequel Askenazi dénote profondément. La suite du roman propose l’introspection du personnage qui tente de comprendre et de calmer ses angoisses. Il revient sur la rencontre avec la danseuse, sur les réactions de son entourage et sur ce qu’on appellerait aujourd’hui sa dépression. Les choses et les êtres ne font plus sens, la foule semble une masse prête à mettre au pilori celui qui tente de s’en extraire, la chaleur pèse et la folie rôde.
En lisant ce roman, on pense bien évidemment à d’autres auteurs de la Mitteleuropa qui ont consacré leurs œuvres à la description du fonctionnement de l’homme moderne : ZWEIG, KAFKA et MANN (et plus particulièrement à son Mort à Venise dont on retrouve ici la chaleur et la déraison). Le personnage qui peu à peu prend conscience de l’absurdité de son existence fera aussi penser à Meursault et il est amusant de constater que le parcours de celui-ci ressemble assez fort au héros de L’étrangère. (Notons que le titre orginal, "A Sziget" ("L’Île") est, selon moi, certes moins camusien mais beaucoup plus fidèle au roman).
Le style de MÁRAI impose rapidement une intimité totale avec le personnage tout en parvenant à garder une certaine distance qui permet, heureusement, de sortir parfois de la pesanteur du cheminement philosophique. C’est au final un portrait humain d’une grande richesse, sans concession mais d’une terrible justesse.

Un roman conseillé par Yohan.

Référence :
Sándor MÁRAI, L’étrangère, traduit du hongrois par Catherine, Albin Michel, 2010.

4 janvier 2011

Joyeux noël !

Rien de tel pour se remettre des fêtes de fin d'année que de lire le quinzième roman de Jennifer JOHNSTON : Noël en famille. Ou comment voir noël autrement...

La famille en question se retrouve en cette veille de noël au chevet d'Henry. On apprend très vite que celui-ci est victime d'un terrible accident de voiture et qu'il va s'en remettre. Mais qui est donc Henry? Peu à peu, le lecteur et le personnage lui-même - celui-ci ayant perdu en partie la mémoire - vont apprendre à connaître ce mari affectueux puis volage, ce père aimé mais pas toujours à la hauteur, ce fils à la fois adulé et maudit. Apparaissent ses proches, tour à tour, à son chevet : sa première épouse, Stéphanie, femme dynamique qui ne sait pas trop que penser de l'état de celui qui lui a brisé le cœur quelques années plus tôt  et du rôle qu'elle est censée jouer ; sa fille, Ciara, magnifique rousse qui exprime avec ferveur la joie de retrouver un père qu'elle n'a pas vu depuis longtemps ; son fils Donough, qui vient de faire courageusement son coming out ; son frère, George, avec qui Henry s'est brouillé pour une raison mystérieuse il y a de ça de nombreuses années ; sa mère, Tash, femme peintre, indépendante et flamboyante, qui a toujours préféré sa peinture à ses fils et qui commence à sentir venir les premiers signes de la vieillesse ; et enfin,  le beau Jérémy, frère de sa seconde épouse, décédée dans l'accident et dont il n'arrive bizarrement pas à se rappeler.
Tous les ingrédients d'un noël catastrophique, donc, d'où devraient émerger en plus des secrets de famille, de vieilles rancœurs et les coups les plus bas. Et pourtant, la subtilité de Jennifer JOHNSTON fait en sorte que tous les clichés sont évités. Pas de querelles familiales, pas de dinde qui vole par dessus la table, pas le moindre verre de vin jeté à la figure de l'autre. Les personnages de Noël en famille vont au contraire profiter de cet étrange moment qu'est noël pour se rapprocher, se découvrir, se retrouver et se remettre à vivre.
Pas de mélo non plus, cependant : le neige ne se met pas à tomber à minuit, ni les carillons à sonner. Il n'y a même pas, à proprement parler, de happy end. Au pathos, Jennifer JOHNSTON préfère la comédie, même si celle-ci est quelque fois grinçante.
Rajoutons à cela de nombreuses références à SHAKESPEARE (le titre original étant d'ailleurs Absurdes mortels, phrase du célèbre Songe d'une nuit d'été), une narration haletante faite de chapitres courts faisant alterner les différents points de vue et les rétrospections au fur et à mesure qu'Henry recouvre la mémoire, un constat sur la société irlandaise d'aujourd'hui et des questions existentielles sur l'identité (sexuelle éventuellement) des personnages (références à Shakespeare toujours ?).
Bref, un livre qui nous fait dire que l'année prochaine, promis, on ira au réveillon sans a priori !

Référence :
Un Noël en famille, Jennifer JOHNSTON, traduit de l'anglais par Anne Damour, Belfond, octobre 2009.  Edition de poche : 10/18, Domaine étranger, Décembre 2010.

27 décembre 2010

Bonnes nouvelles

Débutants, Raymond CARVER

Premier tome des versions originales du grand nouvelliste américain : 17 réussites.

La nouvelle qui donne son titre à ce recueil met en scène deux couples attablés devant une bouteille de gin. S’interrogeant sur l’amour, ses raisons, son inconstance, ils se racontent des histoires, leurs précédentes relations, leurs divorces, leurs attentes, des images d’autres couples qui figurent une possibilité de bonheur. Car tous les personnages de CARVER tentent d’être heureux, de croire en quelque chose qui pourrait s’apparenter au bonheur. Un gâteau qui annonce l’anniversaire d’un enfant, trois jours de pêche entre amis, une partie de bingo, quelques pas de danse esquissés dans une cuisine après une nuit sans sommeil. Des moments de bonheur, mais surtout des répits dans une existence toujours au bord du gouffre, où la violence est prête à jaillir, où le destin, celui qui renverse en voiture les petits garçons ou celui qui fait plonger dans l’alcool, transforme les humains en personnages de petits drames du quotidien.
Alcoolisme, folie, divorces, accidents, adultères, … Si ce n’est pas la part la plus flatteuse de l’être humain que CARVER dépeint dans ces nouvelles d’une puissance incroyable, il n’en reste pas moins que ses personnages tentent souvent de se projeter vers un ailleurs qui leur ferait envisager l’avenir sous un jour plus heureux. En vain.
Ce premier tome des œuvres complètes du nouvelliste américain est, à côté de toutes ses qualités littéraires, une histoire d’édition particulière. Les textes avaient été, au moment de leur première parution en 1981, fortement modifiés par l’éditeur, Gordon Lish. A lire la lettre bouleversante que l’auteur lui adresse (reprise en annexe du recueil), on comprend bien qu’il ne s’agissait pas là de simples corrections mais bien d’un travail de réécriture, dénaturant une œuvre qui semble alors pourtant capitale, voire vitale, aux yeux de l’écrivain. C’est donc ici pour la première fois une édition basée sur le manuscrit original. Il semblerait que les corrections de Lish ont consisté essentiellement à couper dans le texte et, à la lecture des nouvelles, on se demande bien les raisons de cette « castration ». Rien n’est jamais de trop. Chaque nouvelle est un monde à part entière, une histoire dans laquelle, en quelques lignes, le lecteur est plongé. En passant par un détail, une phrase, un lieu, l’auteur parvient à créer des atmosphères extrêmement réalistes où, à travers la fumée des cigarettes, vont se jouer ces petites tragédies. Le style est brillant, extrêmement construit mais d’apparence simple, juste et, pour moi qui ne suis généralement pas un amateur de nouvelles, qui parvient à ne jamais laisser le lecteur sur sa faim. Le talent de CARVER est de réussir à se tenir sur cette étroite frontière qui sépare le drame du mélo-drame, la tragédie du soap. Une connaissance des recoins de l’âme qui lui permet de saisir ses personnages en un trait, une scène, et de rester toujours au bord de l’émotion, en retenue.
Un premier tome qui, en ce qui me concerne, est un premier pas dans l’œuvre d’un auteur que je vais rapidement continuer à découvrir et que je vous recommande avec insistance.

Un grand merci à Sébastien du Globe-Lecteur qui, par son alléchant billet, a fait remonter ce livre sur le dessus de ma PAL.
Référence :
Raymond CARVER, Œuvres complètes 1, Débutants, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jaqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, Editions de L’Olivier, 2010.

22 décembre 2010

Des cadeaux #2


Au secours ! Plus que deux jours ! Que faire ! En plus on travaille jusqu'à vendredi... Comment croyez-vous qu'on puisse aller faire de courses de Noël ?! Non mais je vous jure ! Heureusement, il reste la solution miracle : se rendre dans une librairie, lieu de tous les possibles (et pourquoi pas sur une heure du midi, il y a même des librairies qui font lunch…). Parce que bon, ce n'est pas à vous qu'il faut le dire, lecteurs et/ou rédacteurs de blogs de lecture, un livre, c'est quand même le cadeau parfait : ce n'est pas (toujours) cher, ça peut être personnalisé, c'est rarement vilain et toujours très utile. Oui, mais bon, ce n'est pas tout... quoi offrir et à qui ? Et c'est là qu'une fois encore Voyelle et Consonne se fendent d'un petit billet plein d'idées (comme nous l’avions fait l’an dernier ici). Non, non, ne nous remerciez pas, c'est bien naturel... (et puis on avait très envie d’un petit best of 2010 sans vraiment vouloir l’avouer…)

- Pour votre papa qui a fait mai 68 (ou votre frère, pas de conflit de génération...), pour votre tonton syndicaliste ou votre petite cousine militante : Indignez-vous, de Stéphane HESSEL (et en plus il ne coûte que 3€ : la cadeau anti-crise par excellence) ou Indignation, le très beau dernier roman de Philip ROTH.

- Pour votre maman, qui n'a pas oublié (complètement) son discours féministe et sa lecture de Simone de Beauvoir : Infrarouge, de Nancy HUSTON, ou le parcours d'une femme libre et Purge de Sofi OKSANEN ou la rencontre inattendue entre deux destins de femme.

- Pour votre tante, amateur (amateuse ? amatrice ? amateure ?) de belles choses, Sanctuaires ardents de Katherine MOSBY, une émouvante histoire de femme insoumise (encore !) et une écriture magnifique.

- Pour votre petite cousine qui adore les chevaux : Le dieu des animaux, d'Aryn KYLE. Une histoire de cheval et d'ado loin des clichés du genre: subtile, touchante et réaliste. Un fantastique premier roman loin de l’univers de Black Beauty et autres nunucheries équestres.

- Pour votre beau-frère qui ne lit que des romans policiers : n'importe quel livre des éditions Sonatine (comme ici) avec une préférence pour les romans de ELLORY (deux d'entre eux sont d'ailleurs désormais en poche, dont notre sombre chouchou Vendetta); sachez aussi que Henning MANKELL dont on vous a dit souvent tant de bien vient de sortir une nouvelle (et dernière !) aventure de son détective Kurt Wallander, L'homme inquiet (nous aussi on est inquiet de ce qui va lui arriver). On ne l'a pas encore lu, mais on vous le conseille les yeux fermés.

- Pour votre cousin, amoureux du Japon, Le poids des secrets, de SHIMAKAZI. Un coffret (ah, le coffret, grand ami des fêtes de fin d’année !), cinq petits romans, une histoire de secrets de famille et une écriture fine et précieuse.

- Pour la petite amie italienne (ou anglaise, ou américaine ou... enfin vous avez compris) de votre frère qui vient passer Noël en Belgique, un livre belge bien sûr ! Et pourquoi pas par une jeune plume originale de nos contrées avec Les assoiffées de Bernard QUIRIGNY.

- Pour votre grand-père, amateur d'art, le très joli Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias ENARD ou les aventures de Michel-Ange à Constantinople.

...

Reste à vous souhaiter que vos fêtes soient douces, la bûche légère et les livres nombreux sous le sapin !

Joyeux Noël.

20 décembre 2010

Tout est dans le titre

Indignez-vous !, Stéphane HESSEL

Quelque pages d’humanisme contemporain : salutaire.

Le succès d’édition certainement inattendu de cette fin d’année. Au moins 200.000 exemplaires déjà vendus et, à voir le petit buzz médiatique qui se met en marche, cela risque d’encore grimper. Et pourtant ici, pas de sorcier pré-pubère, pas d’habitué des têtes de gondoles ou de figures médiatico-culturelles. Juste un rappel, un message clair et simple : indignez-vous.
Évidemment, ce cri n’est pas lancé par n’importe qui. Stéphane HESSEL est une figure marquante : résistant durant la guerre, rescapé des camps, l’un des rédacteurs de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, ancien diplomate, infatigable militant, … Un homme de 93 ans qui s’adresse aux plus jeunes en leur rappelant d’abord les principes issus de la Résistance qui, au lendemain de la guerre, devaient mener l’humanité vers des jours meilleurs. Des principes et des valeurs aujourd’hui disparus. Il dresse un état des lieux lucide et clair de ce début de millénaire : rôle de l’état, écologie, économie, terrorisme, guerres, … Pas besoin de chercher très loin pour trouver des raisons de s’indigner.
Sans tomber dans le discours moralisateur, Stéphane HESSEL nous rappelle que le monde nous appartient et qu’il faut espérer, attendre plus de nos politiques et oser manifester son indignation. En passant par Sartre et Hegel, il revient sur la fin des grandes utopies du siècle précédent en se tournant résolument vers l’avenir.
Une vingtaine de pages d’humanisme contemporain qui font réfléchir et qui, espérons-le, pousseront les plus résignés à l’indignation.

PS :
- Petite précision littéraire : l’auteur est le fils de Franz Hessel, grand ami de l’écrivain Pierre-Henri Roché qui en fit le Jules de son Jules et Jim.

- Avis aux collègues: parfait comme essai à donner à lire à des ados.

17 décembre 2010

Mort d'un parfait basketteur

Sans un adieu, Harlan COBEN

Le dernier roman de la star américaine du roman policier est en réalité son premier. Au roman des origines, on préfère les plus aboutis...

Inutile, évidemment, de présenter Harlan COBEN. Il est présent, parfois grandeur nature, dans les rayons polar de toutes librairies. En quelques années, il est devenu le maître du genre, le virtuose du suspense et surtout, le roi de la rapidité. Car COBEN, qui doit rendre notre Amélie Nothomb verte de jalousie, publie un roman par an, sans faute, et les maisons d'édition, ne laissant bien entendu jamais passer l'œuf en or d'une poule talentueuse, ont ressorti des inédits (en langue française) nous inondant de polars cobeniens, parfois sans se soucier de la chronologie. Pas de bol pour le lecteur francophone qui lit les aventures du sympathique Myron Bolitar, ancienne star de basket reconverti en agent sportif et en enquêteur par la force des choses, dans l'ordre dans lequel sortent les traductions et qui se perd, du coup, parfois, dans les amours compliqués dudit Myron. Mais l'auteur écrit aussi des romans "one shot", mettant en scène des personnages qu'on ne reverra jamais... ou presque. Car, et tous ses lecteurs en conviendront, d'un livre à l'autre, ses personnages se ressemblent étrangement. Beaucoup de médecins et de (ex)champions sportifs charmants, drôles et ayant le sens de la répartie ; beaucoup de femmes dotées d'une "silhouette sublime" et d'un "visage au charme irrésistiblement exotique" ce qui ne les empêche jamais d'avoir un sacré caractère et une vraie intelligence. Bref, des individus à qui la vie sourit mais sur qui tombe en général une terrible tuile. Quant au style, il manque parfois un peu de finesse.
Et pourtant... ! Et pourtant, Harlan COBEN nous a prouvé, et plusieurs fois, son indéniable talent. Quelques-uns de ses livres sont des chefs d'œuvre du genre. COBEN maîtrise l'art de l'intrigue et du suspense comme personne (ou presque). Son style, certes un peu plat, est cependant dynamique et certains de ses dialogues particulièrement jouissifs. Et si ses personnages sont un peu fabriqués, ils sont tellement sympathiques qu'on a suffisamment envie de croire en eux pour s'y attacher et pour souhaiter qu'ils se sortent la tête haute des ennuis dans lesquels ils se sont fourrés.
Ainsi, des romans comme Ne le dis à personne (très bien adapté au cinéma par Guillaume CANET), Disparu à jamais ou Une chance de trop ont fait passer de nombreuses nuits blanches même aux plus sceptiques (dont je faisais partie... ). La lecture d'Harlan COBEN peut devenir une terrible addiction, d'autant plus dangereuse que la prolixité de l'auteur lui fait publier des romans parfois bien en dessous de ses capacités.
Mais revenons à cette dernière parution. Au début de Sans un adieu (les traductions des titres sont malheureusement pour le moins répétitives : Sans un adieu, Sans un mot, Sans laisser d'adresse,...) l'auteur nous met en garde : "OK, si vous n'avez rien lu de moi, arrêtez tout de suite. Rendez ce livre. Prenez-en un autre. Ce n'est pas grave. J'attendrai. Si vous êtes toujours là, sachez que je n'ai pas lu Sans un adieu depuis une bonne vingtaine d'années. Je n'ai pas voulu le réécrire. C'est un procédé qui me répugne." Tout est dit : il s'agit du premier roman de l'auteur encore "jeune ingénu travaillant dans le tourisme" et depuis devenu la star que l'on sait. De là à se dire que les éditeurs ont dit à leur poulain : "Harlan, donne nous n'importe quoi, on prend" et que COBEN est allé ressortir ce vieux manuscrit daté, il n'y a qu'un pas.
Laura, ex top model, et David, superstar de l'équipe des Celtics, passent leur lune de miel en Australie. Mais David part nager et... ne revient pas. On conclut à une mort par noyade. Lorsque Laura revient aux Etats-Unis, incapable d'admettre le drame, elle enquête sur la disparition de son homme et fait ressurgir de vieux secrets de famille.
On retrouve dans ce "roman des origines" bien des caractéristiques  cobenniennes : des personnages riches et beaux, une intrigue emberlificotée, plein de rebondissements. Les aficionados s'amuseront même à reconnaître certains personnages qui reviendront dans ses oeuvres postérieures. Hélas, le style est ici vraiment très pauvre, les personnages vraiment très artificiels et surtout, comble de l'horeur, l'intrigue à la fois prévisible et invraisemblable. Il m'est arrivé quelque chose qui ne m'était jamais arrivé auparavant (et je pense avoir lu toute son oeuvre) : j'ai presque tout compris dès le début.
Harlan COBEN a donc raison : si vous n'avez jamais rien lu de lui, prenez autre chose... Pour les autres, ma foi, faites-vous plaisir (mais tâchez qu'on vous prête le roman...).

Merci quand même aux éditions Belfond pour nous avoir fait parvenir ce roman.

15 décembre 2010

(Bad) Trip littéraire

Des garçons épatants, Michael CHABON

Un roman à l’univers décalé et un peu foutraque qui finit pas lasser.

Une longue et difficile journée pour Grady Tripp, prof de lettres dans une université américaine. Point de vue sentimental, on a vu mieux : sa femme le quitte, sa maîtresse, par ailleurs mariée à son recteur, lui annonce qu’elle est enceinte et la jeune et belle Hannah lui tourne plus que jamais autour. Professionnellement, ce n’est pas simple non plus : il peine depuis des années sur son dernier roman,  Des garçons épatants, une œuvre titanesque à laquelle il ne parvient pas à mettre un point final et qui, de par son imposante dimension, risque bien de ne jamais trouver le chemin des librairies. Il n’a d’ailleurs toujours rien montré de son travail à Teddy Crabtree, son plus vieil ami et éditeur, dont la carrière bat de l’aile. C’est aussi sans compter sur la présence étrangement morbide de l’un de ses étudiants, James Leer, apprenti écrivain au talent certain mais au bord du gouffre existentiel. Ajoutez à cela l’assassinat du chien du recteur, le vol d’un petit manteau ayant appartenu à Marilyn Monroe, un repas de Pessa’h qui tourne au cauchemar familial, le tout sous l’effet de l’alcool, du joint, ou des deux !
Le roman démarre avec beaucoup de souffle et de vitalité, CHABON (dont on vient de vous parler ici) s’adonnant avec une joie communicative au jeu du vaudeville moderne et littéraire, centré sur son héros, loser sublime qui, quand il parvient à éviter les coups du sort, fonce tout droit vers de nouveaux problèmes. L’écriture est toujours tendue, bourrée d’ironie. Dialogues et descriptions piquent, amusent et créent peu à peu un univers un peu loufoque. Mais au fil des pages, alors que les personnages semblent lutter contre une gueule de bois de chaque instant, le rythme du récit s’empâte lui aussi, se perd parfois dans des péripéties redondantes, accessoires et l’intrigue de perdre de son intérêt. Même si les digressions, sur l’écriture et le cinéma notamment, sont plaisantes, elles ne parviennent pas à maintenir le lecteur en éveil. Dommage, car tout cela était bien parti. En même temps, le souci de l’auteur est finalement le même que celui de son personnage : trouver une fin, faire progresser une intrigue. La mise en abîme ne sauve cependant pas le lecteur de l’ennui. C’est dommage, car c’était bien parti…

Un livre lu grâce à un partenariat organisé par BOB (qu’on remercie encore une fois pour leur job épatant) et les éditions Robert Laffont.

PS : ce roman a été adapté en 2000 au cinéma par Curtis Hanson. J’ai vu ce film mais je n’en ai plus aucun souvenir.

8 décembre 2010

A yiddishe polar



Le club des policiers yiddish, Michael CHABON

Un polar dense, décalé et exotique. Oy !

La découverte du corps d’un jeune drogué assassiné dans l’hôtel qu’il habite depuis son divorce plonge l’inspecteur Landsman dans un drôle d’état. Serait-ce la faute de l’échiquier trouvé à côté du cadavre qui lui rappelle son propre père, grand joueur d’échecs ? Ou bien serait-ce simplement la cuite de la veille qui l’empêche d’y voir clair. Peu importe car il devra vite oublier l’affaire : la police de Sitka, territoire minuscule d’Alaska abandonné pour un temps à la communauté juive, va devoir passer la main à la police américaine. Signe de la fin du refuge glacé de ces juifs du Nord ? Mais Landsman s’obstine et continue l’enquête, contre l’avis de son nouveau chef qui n’est autre que son ex-femme…

La première surprise du roman tient à l’invention de cette communauté juive d’Europe de l’Est transplantée en Alaska. Un microcosme autarcique, minorité visible aux côtés des Indiens, parqués aussi pas loin de là. Le lecteur est plongé dans une autre culture notamment grâce à tous les termes yiddish qui parsèment le texte (avec un petit lexique à la fin). Polar basique au démarrage (meurtre + flic alcoolo dépressif), le roman surprend ensuite par la dimension géo-politique qui s’impose à mesure que l’enquête avance. On n’en dira pas plus afin de ménager le suspense.

Le club des policiers yiddish est mon premier CHABON et certainement pas le dernier (je suis d’ailleurs plongé dans Des garçons épatants). Beaucoup d’humour et d’ironie, un style original, une imagination singulière, la relecture d’un genre : que demandez-vous de plus ? Le côté polar décalé fait parfois un peu penser à du VARGAS, en plus épique. Bref : enfilez votre doudoune (et à mon avis, pour le moment, elle ne doit pas être bien loin…), ouvrez la porte du congélateur (ambiance Alaska garantie) et bonne lecture !

Merci à Françoise qui m’a remis en tête cet auteur que j’avais envie de découvrir depuis longtemps.

5 décembre 2010

Have you reached your verdict ?

Verdict, Justin PEACOCK

Un roman judiciaire qui tient ses promesses.

Les polars traditionnels s’arrêtent souvent là où le coupable est arrêté. Mais après viennent les avocats et c’est un tout autre boulot qui commence. Victime ou coupable, chacun a le droit d’être défendu et, pour les avocats de la défense, il faut la jouer finement.
Joel Deveraux avait tout du jeune lion en passe de gravir les échelons d’une grande boîte d’avocats d’affaires à New York. Mais un penchant un peu addictif pour une substance prohibée et la mort par overdose de l’une de ses collègues vont mettre un terme brutal à ses espérances ; obligé de démissionner, il se retrouve tout en bas de l’échelle du prestige des hommes en robe : avocat commis d’office.
C’est ainsi qu’il est amené à seconder Myra, autre avocate pour qui ce poste a du sens et de l’importance, dans une affaire de meurtre ayant pour cadre le milieu du petit trafic de drogue d’une cité de laissés pour compte. L’accusé clame son innocence et le travail de ses avocats sera de démontrer aux jurés qu’il n’est pas le coupable que les apparences et les témoignages semblent désigner. Car plus que de se montrer défenseur de la vérité, l’avocat doit avant tout être un champion de la persuasion.
Un très bon suspense dans ce roman judiciaire (pas certain, comme le dit la couverture, que l’on puisse parler de "thriller") qui a comme principale originalité d’être extrêmement bien construit sur le plan juridique (américain). L’auteur, lui-même avocat, aborde presque son roman comme un documentaire sur le métier et, surtout, sur les situations morales et éthiques auxquelles sont confrontés ses pairs.
L’intrigue est efficace, les personnages crédibles et on ne reprend son souffle qu’une fois le bouquin refermé.
Allez, hop : sous le sapin !

Un libre lu dans la cadre d’un partenariat organisé par Blog-o-Book (que nous remercions, comme d’hab !) et Sonatine.

Les avis de Canel, de Manoes et de Pikkendorff.

2 décembre 2010

Des livres du plat pays... une fois #2

Notre pays se déchire, nous n’avons plus de gouvernement depuis… heu… on ne compte même plus les mois, il n’est question que de conflits communautaires dans les journaux télévisés… Que cela ne nous empêche pas de développer, quand bon nous semble, un petit sentiment nationaliste et de défendre des livres bien de chez nous, pour les faire découvrir à nos lecteurs d’un autre pays ou à nos compatriotes pas toujours au courant que nous aussi, les Belges, on écrit, et parfois très bien. Un peu de tout, pas du brol : un melting pot !


-    Des romans intimistes
Qui dit intimiste, dit Corinne HOEX. La romancière parle d’elle, de son enfance, de ses blessures. Dans Ma robe n’est pas froissée, elle abordait l’adolescence à travers le personnage d’une jeune fille coincée entre une mère indifférente, un père manipulateur et un petit ami violent. Dans son dernier roman, Décidemment je t’assassine, l’auteure évoque sa mère. Ou plutôt les derniers moments de la vie de sa mère, la manière dont elle va la suivre jusqu’à son dernier souffle et surtout dont elle va gérer le deuil de cette femme froide, souvent cassante, parfois violente, qui maintenait sa fille à distance mais n’était jamais loin.
Maman Jeanne, le dernier récit de Daniel CHARNEUX, est lui aussi un petit roman intimiste tout en finesse qui raconte la vie douloureuse d’une femme du peuple au début du siècle, toujours obligée de dépendre des hommes, qui deviendra bonne du curée et évoquera la difficulté, pour une femme de sa condition, de s’en sortir seule et de parvenir à devenir une vraie mère pour des enfants qu’elle n’arrive pas à nourrir.
Dans Oubliez Adam Weinberger, Vincent ENGEL raconte les camps de concentration… ou plutôt ne les raconte pas mais parle de la vie d’Adam Weinberger avant et après cette expérience irracontable. Difficile ensuite de l’oublier.
Intimiste toujours, Ceux qui marchent dans les villes, de Jean-François DAUVEN, roman sur une poignée d’individus perdus dans une grande ville, des villes qui seront, elles aussi, des personnages. Paris, Rome, Londres,… et Bruxelles, bien sûr, autant de villes que d’histoires qui finissent par se répondre. Si la balade dans laquelle DAUVEN nous emmène est parfois un peu longue, la description des villes et des individus ne manque pas de charme.

-    Des romans à suspense
On compare souvent Armel JOB à SIMENON. Il est vrai que ses polars sont comme ceux du maître liégeois, des romans psychologiques avant d’être des romans à suspense. Dans Les Fausses innocences, déjà, JOB reconstituait l’ambiance trouble de l’après guerre dans les cantons rédimés (partie de la Belgique du côté de la frontière allemande) et nous faisait nous intéresser à l’étrange personnalité du narrateur, de sa mère tyrannique et de la femme qu’il continue d’aimer malgré qu’il la soupçonne d’avoir bel et bien tué son mari. Dans son dernier roman, Tu ne jugeras point, où il est question de la disparition d’un bébé, le point du vue est celui du juge qui dirige l’affaire, qui soupçonne la mère et cherche à connaître la vérité sans porter de jugement. Roman haletant qui évite subtilement de tomber dans le glauque, le tapageur ou le mélodramatique.
Citons également Jean-Baptiste BARONIAN, auteur « spécialisé » dans le polar et le fantastique (il n’est pas Belge pour rien…) qui a publié une quarantaine de romans (mais aussi une excellente biographie de BAUDELAIRE) dont le très noir Matricide dans lequel un policier de quartier qui s’ennuie assassine sur un coup de tête une pauvre petite vieille.
Et puisque nous sommes pour une Belgique unie, rappelons que nous avions déjà parlé ici d’un grand auteur flamand de roman policier, à savoir Pieter ASPE.

-    Des romans historiques

C’est à l’histoire de Rabelais que s’est intéressée Valérie DE CHANGY dans son roman Fils de Rabelais. La romancière y raconte un épisode de la vie du grand écrivain humaniste par l’intermédiaire d’un hypothétique fils adoptif. Nous sommes à la fin de la Renaissance, en pleine guerre de religion, période pendant laquelle il n’est plus aussi aisé de dire ce que l’on pense, même par le rire, et où Rabelais commence à s’inquiéter de la réaction que pourrait susciter la publication de son dernier ouvrage, Le Tiers Livre.

-    Des romans d’anticipation
Bernard QUIRIGNY est un jeune auteur à suivre et à saluer pour deux raisons évidentes : son roman Les assoiffées (dont nous avons parlé ici) est un excellent mélange de contre-utopie et d’humour mais aussi (surtout ?) il aura permis aux accros de la rentrée littéraire, qui lui ont accordé pas mal d’attention, de découvrir que, non, il n’y a pas qu’Amélie Nothomb qui écrit en Belgique…
Vincent ENGEL, quant à lui, nous suggère dans Mon voisin c’est quelqu’un de faire bien attention aux agissements de nos voisins. Celui d’Otto, narrateur de cette histoire, est déjà effrayant à première vue. Quand ensuite on se rend compte du plan machiavélique qu’il a mis en place pour faire valoir ses idées radicales et nauséabondes et faire revivre un triste passé, on décide de redoubler de vigilance par rapport à notre voisinage. ENGEL n’a rien n’inventé en terme de roman d’anticipation mais on aime son style dynamique et caustique et puis il est des souvenirs qu’il est toujours bon de rappeler…

A lire qu’il drache ou qu’il neige, un paquet de frites brûlant ou une bonne gauf’ entre les mains, attablé devant une bonne pintje,… qui sait si vous n’aurez pas un sacré boentje pour un de ces auteurs !

PS :
- Des livres du plat pays… une fois #1 c’est ici.

- Comme nous sommes nuls en challenge, nous n’avons pas participé à celui organisé par Reka sur la littérature belge. Pourtant nous aurions facilement gagné le titre de « gros Belge » !

- On profite de ce billet pour ajouter un titre à la playlist de Leiloona, bienheureuse créatrice de la radio des blogueurs. Un titre belge, bien entendu ! 





28 novembre 2010

Pleure, transmets et aime

Elégie pour un Américain, Siri HUSTVEDT

Des pères, encore des pères, toujours des pères. Par une des plus belle voix de la littérature américaine.

Un manquement grave. Depuis que notre blog existe, nous n’avons pas encore eu l’occasion de parler de Siri HUSTVEDT. Et pourtant Tout ce que j’aimais est certainement l’un des livres qui nous a le plus marqués. Comme dans ses essais, sur la peinture (Les mystères du rectangle) ou sur des sujets variés (Plaidoyer pour Eros), l’écriture de celle que beaucoup réduisent trop facilement à son statut de « femme de » possède une force magnétique et vous immerge, le temps de la lecture, dans un monde sensible, familier et étrange. Une manière juste et profonde de voir le monde contemporain et les rapports humains, l'art, le langage, ... 

Dans son dernier roman en date, on retrouve comme dans Tout ce que j'aimais le poids de la mort et du deuil. Erik Davidsen, psychiatre divorcé, vient de perdre son père et, en vidant les affaires de celui-ci, découvre une lettre suggérant la possibilité d’un inquiétant secret bien gardé. Erik tente de trouver des indices dans les Mémoires laissées par son père et revisite ainsi la vie de sa famille, marquée notamment par la guerre du Pacifique, dont les guerres en Afghanistan et en Irak se font ici l’écho.
Le père est la figure centrale du récit. Père décédé, père absent, père manquant. Tous les personnages du roman tentent de se construire ou de se reconstruire en repensant et en se confrontant à leurs fondations. Inga, la sœur d’Erik, veuve d’un écrivain célèbre, découvre les parts d’ombre de l’existence de son mari et tente d’en préserver sa fille, adolescente qui garde en elle une souffrance muette depuis les attentats du 11 septembre. Miranda, la nouvelle voisine dont Erik est tombé immédiatement amoureux, élève seule sa fillette dans l’ombre d’un père absent et néanmoins très inquiétant. Ses différentes histoires viennent croiser celles des patients d’Erik pour former une communauté de personnages en souffrance mais, et c’est évidemment ce qui vient sauver le livre, qui luttent. Il est donc aussi beaucoup question de transmission, thème qui semble habiter profondément les auteurs américains d’aujourd’hui.
Inutile de le préciser, vous l’aurez certainement compris, ce roman est porteur d’une grande mélancolie qui m’a particulièrement touché. Sans jouer sur l’identification facile, HUSTVEDT parvient à donner à ses personnages, pourtant tous très bobos brooklyniens, une dimension profonde, humaine et presque universelle. Alors bien sûr, tout cela est très empreint de psychanalyse (à travers le récit des rêves, notamment) mais sans dogmatisme. Le rythme est assez fragmenté, parfois décousu mais très maîtrisé. Et comme dans ces autres romans, l’auteure nous plonge dans une ambiance et une couleur particulières qui m’ont séduit. 

Un beau portrait de notre époque.

19 novembre 2010

Anonymes mais pas inconnus

Les Anonymes, R.J. ELLORY

Dernier roman de notre chouchou du moment : oui, mais…

ELLORY est l’un des auteurs qui nous a le plus enthousiasmés ces derniers temps. Dans ces deux romans traduits en français (dont nous avions parlé notamment ici), il revisitait le roman noir pour en donner une vision plus profonde, on pourrait presque dire plus littéraire, avec un mélange de mélancolie très sombre, de cruauté effrayante et, dans le cas de Vendetta, d’une relecture originale de l’histoire des Etats-Unis. La part sombre, la part de l’ombre de l’humain, horrible, cruelle mais littérairement construite. Autant dire qu’on attendait avec impatience la sortie d’un nouveau roman. Mais nos attentes sont souvent bien difficiles à contenter et il en va de même pour les livres…
Les Anonymes se présente davantage comme un thriller. Une série de meurtres violents et reliés par un mode opératoire effrayant, un flic au bout du rouleau, une course à l’indice, etc. Mais à côté des ingrédients traditionnels du genre, ELLORY parvient rapidement à insérer une dimension politique et à renouer avec l’un de ses thèmes-phares : la création d’un monstre. L’enquête avance par sauts de puce, entrecoupée des bribes de confessions d’un homme, peut-être le tueur. Ce récit parallèle rejoindra finalement celui d’une enquête à rebondissements aux allures de scandale politique de grande échelle.
Autant le dire tout de suite, Les Anonymes est un excellent thriller qui fonctionne pleinement, se dévore avec avidité. Et pourtant, je m’attendais à mieux. Moins de profondeur que dans les romans précédents, une certaine impression de déjà-lu (avancer que les agents de la CIA ne sont pas tous des enfants de chœur, ce n’est pas des plus original…), une première partie parfois un peu laborieuse (avec toutes les vingt pages une sorte de répétition inutile de l’état des lieux de l’enquête). John Robbey, le « méchant » de l’histoire, a beau être un personnage assez bien construit, il ne possède pas la même dimension que les anti-héros « elloriens ».
Donc un brin de déception mais qui ne m’empêchera d’attendre impatiemment le prochain.

Même avis chez Emeraude.

Et pour terminer sur une bonne note : un entretien avec l’auteur réalisé par BOB.

10 novembre 2010

C'est mon tour

(Suite de l'épisode précédent)

Alors, sans trop y réfléchir...
1. John IRVING  : parce que c'est mon premier grand amour littéraire d'adolescence... Le premier auteur qui m'a donné envie de dévorer toute son œuvre.
2. Jean RACINE : d'accord, c'est un peu pompeux venant d'une prof de français. Mais il se trouve que je suis en train de voir Bérénice avec mes élèves et que j'ai de nouveau été émue en relisant ses alexandrins.
3. Siri HUSTVEDT : Xavier aka Consonne a déjà cité Auster. Alors pour ne pas répéter, j'ai choisi son épouse que j'aime aussi beaucoup. Et comme je suis la partie féminine de notre duo, j'ai choisi la partie féminine du leur.
 4. Jonathan COE : que puis-je dire d'autre que je l'adore, que j'attends chacun de ses livres avec ferveur, qu'il ne me déçoit jamais.
5. Jean COCTEAU : parce que j'ai consacré mon mémoire de fin d'études à son Orphée et à celui d'Anouilh. Comment oublier...
6. Henning MANKELL : le premier qui m'a persuadée que la littérature policière était bien souvent d'une grande qualité. Depuis, je lis tout (ou presque) de lui, policiers ou pas. Il paraît qu'il en a fini avec l'inspecteur Wallander... je n'ose même pas y penser.
7. Nancy HUSTON : elle m'a fait pleurer à chaudes larmes dans ses deux derniers romans. Quelle écriture ! Quelle femme !
8. Philip ROTH : une maîtrise incroyable de l'écriture et une analyse extraordinairement fine de son pays les Etats-Unis. Mais Consonne vous avait déjà dit que je l'aimais... non ?
9. Emile ZOLA : j'adore enseigner le cycle des Rougon-Macquart. Quelle entreprise littéraire !
10. Margareth ATWOOD : des histoires de femmes poignantes et toujours justes, qu'elle entreprenne de nous raconter le siècle dernier ou qu'elle se lance dans le roman d'anticipation.
11. Gabriel Garcia MARQUEZ : j'avais déjà adoré L'amour au temps du choléra. Mais Cent ans de solitude m'a donné, ado, la passion des grandes saga familiales.
12. Harry MULISCH : je sais que Xavier/Consonne l'a déjà cité mais La découverte du ciel est sans doute LE roman que je prendrais sur une île déserte.
13. René GOSCINNY : parce que j'adore Le petit Nicolas. Un des livres les plus poétiques et drôles du monde. Surtout illustré par SEMPE.
14. Haruki MURAKAMI : pour son onirisme et sa poésie (encore).
15. Jonathan SAFRAN FOER et son épouse Nicole KRAUSS : tous les deux capables de nous faire rire et pleurer presque en même temps.
Je suis sûre que dans une heure, je vais penser à plein d'auteurs que j'aurais dû absolument mettre sur cette liste. Je tâcherai de m'en souvenir pour la prochaine fois?

Tag ta gueule à la récré

Un tag reçu de Lystig et assez simple : citer quinze auteurs et taguer ensuite quinze blogolectrices/lecteurs (voir ci-dessous).

Fastoche… ou pas !

1.    Marcel PROUST : le premier qui me vient en tête car je caresse depuis longtemps l’envie de me replonger dans la Recherche (mais quand je vois le rythme de mes semaines, je me dis que ce sera pour la pension…).

2.    Marguerite DURAS : un peu passée de mode mais une auteure qui a marqué la fin de mon adolescence et que je relirais bien un de ces jours (ou un de mes vieux jours cf 1).

3.    Jane AUSTEN : parce qu’une de mes élèves a décidé de se pencher sur ses héroïnes pour son travail de fin d’études et que cela m’a rappelé combien j’avais été étonné par la modernité de ses figures féminines, notamment dans Orgueil et Préjugés (et comme quoi, elle ne touche pas que les blogueuses !)

4.    David SEDARIS (dont j’ai déjà parlé ici): un humoriste et écrivain américain de grand talent qui me fait énormément rire. J’avais emporté en vacances, pour les longs trajets, ses textes lus par lui-même et, en plus du très bon exercice pour améliorer sa compréhension en anglais, j’ai beaucoup beaucoup ri.

5.    Michel de MONTAIGNE : c’est un auteur que j’aime beaucoup enseigner et je suis toujours frappé par l’incroyable pertinence de ses Essais.

6.    R. J. ELLORY : je suis en train de lire son dernier roman paru en français, Les Anonymes. Les deux précédents, Seul le silence et Vendetta, sont parmi mes meilleures lectures de ces dernières années (on l’avait dit ici).

7.    Michel HOUELLEBECQ : il paraît qu’il vient de gagner un prix…

8.    Christine de PISAN : grand souvenir de mes études. Une poétesse du 15ème siècle (remarquable en soi) à l’écriture douce, simple et sensible.

9.    Anne-Marie GARAT : sa trilogie Une traversée du siècle (dont on a parlé ici) a fait vibrer mes cordes sensibles. Et son écriture ample et lyrique, bien que presque anachronique, me touche.

10.    Paul AUSTER : à quand le Nobel ?

11.    Arthur RIMBAUD : je dois vraiment à mon métier de m’avoir obligé à m’intéresser à la poésie et les vers de ce jeune prodige continuent de m’intriguer.

12.    J.K. ROWLING : ce blog date d’après HP et nous n’avons jamais eu l’occasion d’évoquer ici ces romans pour lesquels nous avons retrouvé des sensations enfantines.

13.    Henri BAUCHAU : l’auteur belge (mais sa nationalité n’a pas vraiment d’importance) d’Œdipe sur la route, autre grande lecture/révélation de mon adolescence.

14.    Emmanuel CARRERE : même si je ne sais toujours pas vraiment si je l’ai aimé ou pas (comme je le disais ici) D’autres vies que la mienne est un livre auquel je repense très souvent.

15.    Harry MULISCH : disparu récemment, il est l’auteur de La découverte du ciel, un chef d’œuvre.

Et, sans obligation aucune, je fais passer le tag à LuKe’s Blog, au Globe Lecteur, à Bookomaton, à Art et littérature (et encore plus), à Réka, à Calyste, à Zarline, à la Pyrénéenne, à Saleanndre, à Tiphanie, à Clara, à Niki, à Emeraude et, bien évidemment, à Amandine aka Voyelle.

9 novembre 2010

And the winners are...


Nous n’avons pas, chez Voyelle et Consonne, la passion des prix littéraires mais pour une fois, nous avons lu et chroniqué certains des ouvrages qui viennent de recevoir les récompenses d’automne. Et ça tombe bien : ce sont tous des livres que nous avions, d'une manière ou l'autre, aimés. 

L’occasion donc de se rappeler de:

6 novembre 2010

Elémentaire, mon cher Bello

Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet, Antoine BELLO
 

Après les brillants Falsificateurs et Éclaireurs, le nouveau roman d'Antoine BELLO s'interroge sur le roman policier et ses subtilités. Étonnant...

On avait dévoré les Falsificateurs, roman foisonnant qui imaginait l'existence d'une mystérieuse organisation chargée de falsifier le réel et l'histoire. On avait bien entendu englouti la suite de cette géniale fiction sans être déçu (pour plus de détails, lire ici). On n'a évidemment pas résisté longtemps à acheter le nouveau Antoine BELLO, Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet, étonnant roman sur la création littéraire en général, le roman policier et l'œuvre d'Agatha CHRISTIE en particulier.
Le détective Achille Dunot est retraité après un accident qui lui a valu un sérieux handicap : il souffre  désormais d'amnésie antégrade. Chaque matin, il ne se souvient que des événements arrivés avant son accident. Sa femme doit donc lui rappeler sa maladie et lui faire le résumé des derniers jours. Et pourtant, c'est son aide que sollicite le chef de la police dans l'affaire de la disparition d'Emilie Brunet. Celle-ci, partie en balade avec son amant, n'est jamais revenue. Son mari volage, Claude Brunet, qui héritera de toute la fortune de celle qui allait bientôt demander le divorce, n'a pas d'alibi mais beaucoup de mobiles. Malheureusement, la police n'est pas sûre d'avoir assez de preuves pour l'envoyer en prison. Achille Dunot décide alors de reprendre toute l'enquête et de s'intéresser de plus près à cet homme brillant et vraisemblablement machiavélique qu'est Claude Brunet. Et pour se faire, Dunot commence la rédaction d'un carnet qu'il relira chaque matin et qui constitue le livre que nous, lecteurs, sommes en train de lire.
Il y a donc bien enquête dans le nouveau livre d'Antoine BELLO, mais celle-ci n'est que prétexte. Il y a aussi une réflexion sur le thème de la mémoire dans cet affrontement entre le détective amnésique et le présumé assassin qui n'est, ô surprise, rien de moins qu'un brillant neurologue. Et il y a surtout une réflexion sur le thème de la littérature. D'abord parce que Dunot est en train d'écrire un livre et que sa relecture, chaque matin, va l'inciter à corriger et à commenter son style. Ainsi, si nous, lecteurs, sommes un peu étonnés par le manque de style de la première partie du récit, on lit quelques pages plus loin les propos du narrateur nous en expliquer la raison : "Grosse déception à la lecture de la dernière entrée. La relation de mon entretien avec Brunet, succincte, pauvre en nuances et terriblement désincarnée, est à peu près aussi truculente qu'un dialogue entre deux ordinateurs. Une telle aridité m'interpelle. Pourquoi n'avoir consigné aucun des geste de Brunet, aucune de ses intonations, quand je sais l'importance que peut revêtir le moindre détail dans un interrogatoire? Ai-je manqué de temps ou dois-je envisager que j'ai perdu la main?" Et BELLO  de couper sous nos pieds l'herbe de notre première critique.
Ensuite, il est question de littérature toujours par les nombreuses allusions au roman policier, à sa structure et surtout à l'œuvre d'Agatha CHRISTIE, dont le narrateur est un fan incontesté. A tel point que les références aux livres de la célèbre romancière anglaise se multiplient pour finalement faire partie intégrante du roman. Dunot finit par justifier les hypothèses de son enquête par des recoupements aux enquêtes d'Hercule Poirot. Et si son entourage semble craindre pour sa santé mentale, Brunet, lui, entre dans son jeu en relisant l'intégralité de l'œuvre d'Agatga CHRISTIE et en partageant ses impressions avec l'enquêteur.
Un exercice de style, donc, plein de prouesse et d'habilité. Le fait que nous n'ayons accès qu'aux retranscriptions hasardeuses d'un amnésique potentiellement fou et à celles d'un probable assassin ne nous permet de prendre aucun recul dans le déroulement de cette enquête et nous entraîne malgré nous dans les réflexions littéraires des deux hommes. Mais si le livre nous donne envie de relire certaines œuvres d'Agatha CHRISTIE, il manque, peut-être par cette prouesse narrative, d'un peu d'émotion. Difficile, en effet, de s'attacher aux personnages décrits sommairement (la manière d'Agatha CHRISTIE?) par le narrateur, à Brunet, personnage froid et impassible, ou même à Dunot lui-même, dont l'étrange cheminement intellectuel nous laisse un peu sur le carreau.
Que dire aussi de la fin ? Si elle comporte la pirouette que nous attendions depuis la dixième page, celle-ci est  pour le moins un peu brumeuse et élusive. Je profite du coup de ce billet pour solliciter votre avis. Les lecteurs avertis de ce blog qui ont déjà lu le dernier Antoine BELLO pourrait-il nous donner leur interprétation sur la fin? (N'hésitez pas à indiquer clairement si vous divulguer des éléments de fin...pour ne gâcher le plaisir de personne). A lire au moins pour résoudre cette énigme !