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1 novembre 2015

Double face

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Esclaves heureux, Tom LANOYE

Tony Hanssen, deux fois. 

Le premier, un informaticien en cavale depuis la faillite de la banque qui l’employait, tente de repartir à zéro en se lançant dans le braconnage en Afrique du Sud.
Le second, ancien marin, joueur invétéré, balade à travers Buenos Aires l’antique épouse d’un mafieux chinois à qui il doit une grosse somme d’argent, remboursable en nature… 

C’est là, à San Telmo, l’un des plus vieux quartiers, fondé jadis par des réfugiés italiens et des esclaves noirs en fuite, qui devint ensuite le berceau du tango, du trafic d’armes et de la folie footballistique, que nous découvrons Tony Hanssen. Suant et ahanant au second étage d’une maison de maître rénovée à la manière kitsch, une casa de turistas, il est en train de satisfaire les sens d’une matrone chinoise, sur la demande insistante de celle-ci, mais à contrecœur. Au-dessus de leur tête, un ventilateur déglingué bat de l’aile, climatiseur antique et charmant qui grince et gémit plus fort que le lit.

Entre les deux homonymes qui s’ignorent, un fil tendu, invisible. Reliés par les désillusions, les combines et les coups du sort, les deux hommes finiront, bien évidemment, par se croiser et par unir, pour le meilleur ou pour le pire, leurs trajectoires déracinées.
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Comme toujours chez Tom Lanoye, le ton oscille entre tragique et comique. La première partie du roman passe d’un Tony Hanssen à l’autre et nous les présente dans ce moment où tout bascule. L’écriture est précise, rythmée et, comme toujours chez l’auteur, riche en arabesques qui étonnent et amusent. 
Par la suite, on passe du roman noir à la série b, le tout sur fond de mondialisation criminelle et de crise financière. Un mélange baroque et étonnant qui montre une autre facette de Tom Lanoye, plus romanesque.

Le prologue est à lire sur le site de l’éditeur.

Référence :
Esclaves heureux, Tom LANOYE, traduit du néerlandais (Belgique) par Alain van Crugten, Éditions de La Différence, 2015.

26 août 2014

La tragi-comédie du mariage blanc

Troisièmes noces, Tom LANOYE

Un mariage blanc pour un misanthrope. Un roman en prise avec son temps, drôle, grinçant et tragique. Le Lanoye nouveau est arrivé.

Marteen, la cinquantaine, se remet difficilement de la lente agonie et de la mort de son grand amour, Gaétan. Rongé lui-même par une maladie incurable, il hante une maison vidée de la présence de l’autre, trop pleine d’objets et de souvenirs accumulés au fil des ans. Pour cet homme habitué aux plateaux de cinéma et au langage de l’image, chaque bribe de passé est une scène, avec cadrage, lumière et bande-son.
Mais son petit film intérieur ne suffit plus à rendre son existence supportable et c’est dans un instant d’inconscience (ou de désespoir ?) qu’il accepte une proposition casse-gueule : contracter un mariage blanc.
Il doit épouser, contre un sacré paquet d’argent, Tamara, la petite amie africaine de Norbet Vandessel. Une histoire de quelques mois, le temps qu’elle obtienne papiers et nationalité et qu’elle puisse ensuite vivre pleinement son amour avec Vandessel.
Le quotidien de Marteen, peu porté sur l’empathie et la compagnie de ses semblables, est chamboulé par l’arrivée de cette jeune fille fière, têtue, sans gêne mais dont la présence le force à quitter sa peau d’ours.
Là où l’on pourrait craindre une histoire pleine de bons sentiments (un homme en fin de vie réveillé par la présence d’une jeune fille qui le fera sortir de sa coquille… on dirait un scénario de film français…), Tom Lanoye compose une tragi-comédie qui s’inscrit avec force dans le monde d’aujourd’hui. Un pays (c’est la Belgique mais cela pourrait être partout en Europe) renfermé sur lui-même, où l’étranger est avant tout un suspect qu’il convient de ramener fissa à la frontière, après avoir fouillé sans état d’âme dans ce qu’il a de plus intime. Bien que les inspecteurs chargés d’enquêter sur le bien-fondé de leur union compose un duo du plus haut comique, l’humour est surtout grinçant. Comme lorsqu’il est question d’évoquer la vieillesse, la déchéance des corps, le racisme ordinaire ou encore la violence des rapports sociaux.
On retrouve à nouveau le style de l’auteur (dont on a souvent parlé), son goût pour les détours, pour les chutes abruptes et les changements de tons. À l’image de son personnage :

Moi, c’est de la jérémiade que je suis le champion. Et de l’exagération. L’hyperbole est toute l’histoire de ma vie. Remuer crûment un couteau dans une plaie, ça je le fais aussi. Ou alors je prends tout bonnement la fuite. Au milieu de la nuit. Je peux aussi laisser crever quelqu’un, sans plus. 

Dans ce troisième roman traduit en français, la langue de l’auteur flamand se fait plus crûe. Qu’il parle du nettoyage d’un dentier ou de la couleur du sexe de Marteen après avoir été rué de coups (âmes sensibles s’abstenir…). Contrairement à Magritte, chez Lanoye, une pipe est une pipe… (notamment dans une scène où l’on apprendra au passage le mot flamand balzak, qui n’a aucun rapport avec l’écrivain français… je vous laisse deviner…).
Lyrique, hyperbolique, scatologique, parfois même carrément grotesque mais, et c’est ce qui étonne toujours chez l’auteur, terriblement touchant. Sarcastique et, dans ce roman plus que dans les précédents, tragique.

Un extrait à lire sur le site de l’auteur.

Référence :
Troisièmes noces, Tom LANOYE, traduit du néerlandais (Belgique) par Alain van Crugten, Éditions de La Différence, 2014.

27 octobre 2013

Koude oorlog*

Tombé du ciel, Tom LANOYE

En partant d’un fait divers aux accents diplomatiques, le prodige des lettres flamandes contemporaines contemple du ciel la vaine agitation de nos petites existences.

En juillet 1989, un événement inouï a bien failli rallumer les feux de la guerre froide qui, à l’époque, commençaient à s’éteindre : un avion militaire russe sans pilote a pénétré l’espace aérien du bloc de l’Ouest pour venir s’écraser dans un petit village de la campagne flamande.
Au siège du SHAPE, le commandement militaire de l’OTAN basé en Belgique, à mesure que l’avion avance inexorablement sur les écrans radar, les esprits s’échauffent et les décisions tardent à tomber.
Au même moment, à Kooigem, une famille vole en éclats. Vera apprend que Walter la quitte pour une petite jeune. Banal et tragique.
Et quelque part au dessus de la Pologne, un aviateur suspendu à un parachute se demande comment il a pu en arriver là.
Si l’itinéraire emprunté par l’avion livré à lui-même trace dans le ciel une belle ligne droite, il n’en va pas de même pour le récit de Tom Lanoye. Comme à son habitude, l’auteur flamand prend des chemins de traverse et, alors que l’avion avance à vive allure vers une destination que l’on sait d’avance tragique, il promène le lecteur tout le long de cette journée.
À côté du drame diplomatique qui va forcer les hommes à faire preuve de courage et de sang-froid, le drame domestique de Vera occupe la majeure partie du roman. Là aussi, il faut du courage et de la retenue pour ne pas sombrer dans la panique et l’hystérie. Parce que même si la nouvelle la surprend, Vera est bien décidée à rester digne et à ne pas perdre le contrôle. Et si les uns défendent leur espace aérien, elle compte bien faire respecter ses droits ! C’est avec un plaisir immense que l’on retrouve l’humour et la tendresse de Lanoye lorsqu’il est question d’ausculter le quotidien et, surtout, les petites faiblesses de la classe moyenne de province.
Depuis le début, elle avait eu le sentiment que s’installer là était une désertion. Walter et elle avait joué les parvenus exilés, grossissant sciemment les désavantages et les problèmes de la capitale en la fuyant, pour mieux dédaigner de loin, dans leur petit nid sûr et snob, cette métropole babylonienne vertigineuse et puante qui n’était qu’à une petite centaine de kilomètres. Avec ces embouteillages et ses mendiants, ses magasins de nuit crasseux, ses Arabes et ses drogués. (…) — et en échange de quoi ? De deux heures perdues chaque jour dans les bouchons. Tout ça pour une horloge à coucou en briques avec des ornements venus de Grenade et un jardin qui demandait tellement d’entretien qu’on ne pouvait jamais en jouir tranquillement. Tout ça pour les prétendus charmes de la cambrousse, c’est-à-dire un ennui à rendre fou, (…).
Avec une efficacité redoutable, le récit avance obstinément vers sa résolution funeste, pointant du doigt, sans aucune trace de cynisme, notre petite existence fragile qui, à tout moment, peu voler en éclats. Comme toujours chez l’auteur, le style ondule, les mots s’enroulent dans la phrase pour former cette langue baroque et grotesque qu’on reconnaît maintenant d’un livre à l’autre.
Phénomène éditorial en Flandre et aux Pays-Bas, Lanoye reste encore pour la France un auteur à découvrir de toute urgence (et pour ces deux précédents romans, c’est par ici).

Référence:
Tombé du ciel, Tom LANOYE, traduit du néerlandais (Belgique) par Alain van Crugten, Éditions de La Différence, 2013.

* Guerre froide

10 juin 2013

La mort vous va si bien

Histoire d’Alice qui ne pensait à rien (et de tous ses maris, plus un), Francis DANNEMARK

Petit traité belge sur l'optimisme. Plaisant.  

Lors de l'enterrement de sa mère, Paul rencontre Alice, sa tante, revenue à Bruxelles après de longues années pour rendre un dernier hommage à sa sœur. Pendant plusieurs jours, à la demande d'Alice, Paul écoutera l'histoire de cette femme au destin singulier, lors de rendez-vous qui se placeront sous le signe de la bonne chère. En effet, chaque soir, Paul emmènera Alice dîner dans un restaurant différent et écoutera cette Shéhérazade lui raconter une vie pour le moins exceptionnelle.
Car Alice a eu neuf maris et autant de veuvages.
Et pourtant, cette vieille dame qui sera toute sa vie poursuivie par la mort, restera d'un optimisme à toute épreuve, profitant de chaque instant, et surtout de chaque personne, et grappillant tous les instants de bonheur que la vie pourra lui offrir.
Ainsi, Alice quittera la Belgique, juste après la guerre et la mort de ses parents et de son fiancé, et partira pour l'Angleterre. Ensuite elle voyagera, emmenée par les hommes de sa vie, d'Italie en Indes en passant par Winnipeg. Son amie Maggie, mère de son premier époux, sera son port d'attache et elle trouvera, après chaque drame, refuge chez la vieille dame qui la soignera à coups de tasses de thé, de jardinage et de phrases bien senties sur le bonheur.
Bien-sûr, avouons que le parcours d'Alice et la mort de ses neuf maris est parfois difficile à croire, que son optimisme à toute épreuve paraît quelque peu fabriqué et que les différents personnages ne sont qu'évoqués un peu superficiellement, ce qui ne permet pas réellement de s'attacher à eux. Le lecteur reste donc à distance du récit des aventures d'Alice.
Mais Alice donne à Paul et au lecteur, dans un petit roman sans prétention qui semble n'avoir d'autres objectifs que de nous faire sourire, une jolie leçon sur le bonheur. Et, au jour d'aujourd'hui, c'est toujours bon à prendre !

Références :
Francis DANNEMARK, Histoire d’Alice qui ne pensait à rien (et de tous ses maris, plus un), Robert Laffont, 2013.

17 janvier 2013

Z. et lui (et nous, et moi)

Les Boîtes en carton, Tom LANOYE

S’embarquer à la poursuite des souvenirs d’adolescence et de celui, terrible et fascinant, du premier amour : un sujet bateau, sublimé par le style drôle et incisif d’un auteur qui confirme toutes ses promesses.

Dans la petite ville de P., en Flandre orientale, au début des années 1970, une chose simple, innocente et, osons le mot, parfaitement naturelle : une personne en aime une autre. Mais si cette personne est un jeune garçon et que l’être aimé l’un de ses condisciples, les choses se compliquent…
Tom Lanoye ouvre les boîtes en carton de sa mémoire et conte au lecteur ce premier grand amour, cette passion amoureuse, et, à l’époque, sulfureuse, pour Z., ce beau garçon athlétique, charmeur et dangereusement ambigu.
C’est aussi l’occasion pour l’auteur de nous faire partager le quotidien d’un fils de petits commençants flamands dans la Belgique de l’après-guerre. Car chez Tom Lanoye, le récit ne se fait jamais en ligne droite (comme dans La Langue de ma mère). Si le fil conducteur de l’histoire reste bien celui de sa relation, banale et dévorante, avec Z., l’auteur nous prend par la main et nous entraine, avec une jubilation contagieuse, à la découverte de ses proches (famille, amis, professeurs, …), de son école et de la middle class flamande. Les détours qu’il fait prendre à son histoire forment d’étonnantes circonvolutions, jamais gratuites : l’explication du sentiment nationaliste flamand, la pratique du tourisme de masse ou encore, dans un long passage furieusement drôle, la frénésie masturbatoire du narrateur à l’adolescence.
Alors, bien sûr, c’est l’histoire d’un garçon qui en aime un autre. Mais il serait dommage de réduire ce roman à cette seule dimension (même si, à voir et à entendre les manifestants français de dimanche dernier, il y a encore du boulot…). Les Boîtes en carton est, avant tout, le portrait d’un ado qui découvre l’amour. Sa passion silencieuse pour Z. le fait souffrir, l’exalte, l’interroge, le vampirise, le rend idiot. Les affres de l’adolescence : qui est-on ? Qui aime-t-on ? Comment être même et différent à la fois, individuel et collectif ? L’auteur dépeint avec humour et une incroyable tendresse l’ado qu’il était, sans complaisance. Un exercice périlleux mais qui échappe ici à tous les pièges de l’auto-fiction.
Comme l’auteur nous y invite, au fil des pages, on replonge aussi dans ces années-là. On repense à toutes ses premières fois, à la découverte maladroite du corps, des sentiments et des désirs. On repense à son propre Z....
Mon Z. à moi était, évidemment, le plus beau de toute l’école ! Face à lui, je ne savais que dire, que faire : une grenouille à côté d’un prince charmant (mes histoires manquent de princesses...). Et petit à petit, on s’est apprivoisé. Mais ça c’est une histoire que je garde pour mes propres boîtes en carton...

Référence :
Les Boîtes en carton, Tom LANOYE, traduit du néerlandais (Belgique) par Alain van Crugten, Éditions de La Différence, 2013.

9 novembre 2012

Candide à Kinshasa

Mathématiques congolaises, In Koli Jean BOFANE

Portrait sans concession du Congo d’aujourd’hui à travers un roman d’initiation original, drôle et tragique.

Pour comprendre le monde qui l’entoure, Célio Matemona a recours aux mathématiques. Dans le chaos qui règne à Kinshasa, il est bon de pouvoir se reposer sur ces vérités immuables. Sa bible : un vieux manuel scolaire, seul héritage de sa famille disparue.
La candeur et l’originalité de la pensée de Célio attirent l’attention d’un homme fort du Président, directeur d’un bureau de renseignements et d’informations dont les intentions sont assez troubles. Pour Célio, c’est l’occasion unique de quitter une vie de misère, le royaume de la débrouille, pour aller côtoyer les plus hautes sphères de la société congolaise et mettre ses talents au service de l’État.
Vie au jour le jour, ventres vides, écarts toujours croissants entre le peuple et ses élites, … Le tableau du Congo contemporain dressé par Bofane est sans appel. Alors qu’un semblant de démocratie tente péniblement de s’installer dans le pays, le pouvoir en place, on pourrait presque parler de dictature, manipule l’opinion publique et entretient l’illusion d’un pays en marche vers le changement. Les accusations d’irrégularités aux élections de l’automne 2011 donnent amplement raison à l’auteur. Afin de dénoncer cette situation, il met en scène une série de personnages qui reflète les différentes composantes de la société congolaise. La toute-puissance de l’armée, les mensonges savamment élaborés par les dirigeants, l’absence d’un véritable pouvoir d’opposition, les manquements de la diplomatie internationale, les superstitions ancestrales, … Les attaques de l’auteur sont nombreuses et sont habilement amenées à mesure que Célio s’enfonce dans les allées du pouvoir. À côté de cela, il y a également toute la vie d’un peuple qui crie famine et qui pourtant parvient à garder le sourire. C’est d’ailleurs souvent par le biais de l’humour que Bofane tire ses flèches, en mettant en évidence l’absurdité de certaines situations.
À l’école, j’ai très peu étudié l’histoire de la colonisation belge et encore moins, contrairement à aujourd’hui, celle de la décolonisation. Jusque récemment, j’habitais dans le quartier africain de Bruxelles (Matonge, du nom d’un quartier de Kinshasa) et ce roman m’a permis d’en apprendre beaucoup sur les aspirations des Congolais.
Une bonne introduction pour la lecture qui m’occupe, par intermittences, depuis plusieurs semaines : Congo. Une histoire, de David Van Reybrouck (prix Médicis de l’essai 2012).

Référence :

Mathématiques congolaises, In Koli Jean BOFANE, Babel, 2011.

16 septembre 2012

Rêver les yeux ouverts

La nuit sans fin et Choses vues, Thierry HORGUELIN

Des nouvelles à la frontière du fantastique et un recueil de courtes proses qui font l’inventaire de l’étrangeté du quotidien. Un auteur québécois installé en Belgique : à découvrir.

Dans ses rêves, Carter passe inlassablement d’un univers littéraire à l’autre, d’un roman noir à de la SF, d’un drame historique à un roman d’espionnage ; à chaque étape, il est assommé brutalement et se réveille dans un autre monde de papier.
Ailleurs, à travers le dédale des souterrains qui courent entre les théâtres parisiens, un souffleur tente en vain de trouver la sortie.
Plus loin, un spectateur insomniaque traque un étrange figurant en anorak jaune qui apparaît dans tous les épisodes d’une série policière.
Dans les nouvelles de recueil La nuit sans fin (réédité ici en format de poche), on trouve à chaque coup un concept, une idée, qui, l’air de rien, fait basculer peu à peu le récit de l’ordinaire à l’insoupçonné, du réel à l’imaginaire. Quelques mots suffisent pour camper un personnage ou créer une atmosphère dans laquelle, soudain, nous ne sommes plus certains de savoir départager le vrai du faux. On pourrait bien sûr parler de littérature fantastique, mais ici l’enjeu n’est pas l’étonnement de l’irruption d’un élément étrange dans le quotidien. C’est davantage une promenade sur le fil qui sépare le réel de la fiction. La première nouvelle donne d’ailleurs le ton : une femme rate son train et cette péripétie anodine entraine un chamboulement dans l’ordre des choses. Un jeu de domino se met en place : la femme n’est pas dans le train qu’elle prend habituellement et ne croise dès lors pas l’homme qu’elle aurait du y rencontrer. L’homme fait donc la connaissance d’une autre femme qui, émue de cette rencontre, provoque par distraction un accident. L’accident cause un embouteillage qui retarde un autre personnage, etc. La nouvelle ouvre ainsi la fiction à tous les possibles et s’amuse avec l’idée du contretemps et de ses conséquences. Borges n’est pas loin…
Dans Choses vues, il est davantage question du réel mais envisagé dans ce qu’il peut comporter d’étrange. L’auteur a compilé des situations et des rencontres inscrites dans le quotidien mais qui sont autant d’incursions dans l’inattendu. Une femme qui tente de détruire la voiture de son mari. Une passante qui prend le narrateur pour Jerry Lewis. Une parcelle de conversation captée au vol. Tous ces petits textes étonnent, amusent et interrogent finalement le lecteur sur cette frontière spongieuse qui sépare le vrai du faux et qui fait parfois des instants de tous les jours de petites incursions dans ce qui pourrait s’apparenter à de la fiction.
J’ai eu le grand plaisir d’animer une petite rencontre littéraire consacrée à l’auteur à la librairie Joli Mai (Bruxelles) fin août. Et je profite du septembre québécois organisé par Karine pour vous faire partager l’œuvre singulière d’un écrivain qui a un pied ici et un autre là-bas (et qui tient également un blog à suivre ici).

Références :
La nuit sans fin, Thierry HORGUELIN, L’Oie de Cravan, coll. « Petites pattes à ponts », 2012.
Choses vues, Thierry HORGUELIN, L’Oie de Cravan, 2012.

1 avril 2012

L’honneur du kamikaze

Kosaburo, 1945, Nicole ROLAND

Dans la tête d’une kamikaze japonaise : un premier roman original mais trop retenu.


La jeune Mitsuko décide de prendre la place de son frère et de rejoindre l’aviation de l’armée japonaise. Une manière de suivre Kosaburo, le garçon qu’elle aime, mais surtout de faire honneur à son peuple, à sa famille et à l’empereur. Prête à donner sa vie, elle s’en va prendre place parmi l’élite des pilotes, les kamikazes.

Malgré l’indéniable connaissance de la culture japonaise de l’auteure et l’originalité de la situation, je suis resté de marbre face à ce premier roman. Les différentes étapes d’un endoctrinement qui mène peu à peu le personnage vers le sacrifice ultime sont assez bien suggérées mais l’écriture, d’un classicisme appliqué, finit par lasser. Et puis cette atmosphère retenue et les citations de poèmes et de codes de conduite des samouraïs m’ont presque donné l’impression d’être dans un Japon de carte postale. La question du genre n’est pour ainsi dire jamais abordée alors qu’il y avait là quelque chose à creuser.

L’avis de Anne est nettement plus enthousiaste.

Référence :

Kosaburo, 1945, Nicole ROLAND, Actes Sud, collection "Un endroit où aller", 2011.

29 novembre 2011

Langue maternelle

La Langue de ma mère, Tom LANOYE

Roman familial à la forme mouvante et première traduction en français d’une grande voix venue du Nord de la frontière linguistique.

La mère et le père. Elle, comédienne semi-professionnelle, à la scène comme à la ville. Lui, boucher d’un quartier où tout le monde connaît tout le monde et où rien n’est loin de rien. Et l’un de leurs enfants, un fils écrivain qui se demande comment raconter sa mère et quels mots trouver pour décrire celle qui, dans ses dernières années, a perdu sa langue à la suite d’un accident cérébral. Quelles histoires, quelles anecdotes familiales faut-il choisir pour, non pas faire revivre ceux qui ont disparu, mais les laisser définitivement aller. « Écrire, c’est détruire, faute de mieux. C’est seulement après cela et à cause de cela que ce que vous écrivez devient du passé. La littérature consiste à lâcher prise. Écrire, c’est chasser de son souvenir. » (p. 69) Ce roman tout en courbes et détours est le chemin emprunté par Tom Lanoye pour, d’une certaine manière, tourner la page.

Parmi tous les éléments qui composent le livre, il y a d’abord le portrait d’une famille de commerçants d’une petite ville flamande, la middle class laborieuse, ses codes vestimentaires, alimentaires, sa fierté et son souci des apparences et du travail bien fait. Il y a également les histoires, drôles ou tristes, qui composent la mythologie familiale. Et puis les souvenirs d’enfance, les fêtes de fin d’année, les histoires de voisinages. Au centre de ce récit kaléidoscopique trône la figure maternelle, personnage haut en couleurs, adepte du bon sens et des effets dramatiques adroitement calculés. Le roman dresse par petits morceaux éclatés le portrait de cette mère omnipotente qui, après son accident, perdra l’usage des mots et, peu à peu, de sa superbe.
Tom Lanoye, dont c’est ici le premier roman traduit en français (dans le monde francophone, il était surtout connu pour son théâtre), invente une langue baroque, une nouvelle manière de raconter les êtres chers et les souvenirs, prenant le lecteur avec lui pour construire ce monument de mots, à des kilomètres de l’écriture de soi des auteurs français. Persuadé que le less is more est le contraire même de la littérature, Lanoye accumule, s’éloigne de son sujet pour, par la bande, y revenir toujours l’air de rien, dans un style généreux et débordant de tout. Comme si, pour combler le manque, seuls les mots pouvaient venir à bout de l’absence.

En ce qui me concerne, comme pour de nombreux Belges francophones, la littérature de l’autre côté de la frontière linguistique est une terra incognita et, à un moment où les deux communautés ont tendance à se replier sur elles-mêmes, la découverte de la voix de Tom Lanoye est une heureuse surprise que j’espère faire partager au plus grand nombre. Donc, lecteurs français : osez la littérature belge, oubliez Nothomb et ses romans-gadgets et partez à la rencontre d’un auteur dont on risque fort d’entendre parler à nouveau. Et comme bientôt c’est la Saint-Nicolas, vous savez ce qu’il vous reste à demander (si vous avez été sages…).

Référence :
La Langue de ma mère, Tom LANOYE, traduit du néerlandais (Belgique) par Alain van Crugten, La Différence, 2011

2 décembre 2010

Des livres du plat pays... une fois #2

Notre pays se déchire, nous n’avons plus de gouvernement depuis… heu… on ne compte même plus les mois, il n’est question que de conflits communautaires dans les journaux télévisés… Que cela ne nous empêche pas de développer, quand bon nous semble, un petit sentiment nationaliste et de défendre des livres bien de chez nous, pour les faire découvrir à nos lecteurs d’un autre pays ou à nos compatriotes pas toujours au courant que nous aussi, les Belges, on écrit, et parfois très bien. Un peu de tout, pas du brol : un melting pot !


-    Des romans intimistes
Qui dit intimiste, dit Corinne HOEX. La romancière parle d’elle, de son enfance, de ses blessures. Dans Ma robe n’est pas froissée, elle abordait l’adolescence à travers le personnage d’une jeune fille coincée entre une mère indifférente, un père manipulateur et un petit ami violent. Dans son dernier roman, Décidemment je t’assassine, l’auteure évoque sa mère. Ou plutôt les derniers moments de la vie de sa mère, la manière dont elle va la suivre jusqu’à son dernier souffle et surtout dont elle va gérer le deuil de cette femme froide, souvent cassante, parfois violente, qui maintenait sa fille à distance mais n’était jamais loin.
Maman Jeanne, le dernier récit de Daniel CHARNEUX, est lui aussi un petit roman intimiste tout en finesse qui raconte la vie douloureuse d’une femme du peuple au début du siècle, toujours obligée de dépendre des hommes, qui deviendra bonne du curée et évoquera la difficulté, pour une femme de sa condition, de s’en sortir seule et de parvenir à devenir une vraie mère pour des enfants qu’elle n’arrive pas à nourrir.
Dans Oubliez Adam Weinberger, Vincent ENGEL raconte les camps de concentration… ou plutôt ne les raconte pas mais parle de la vie d’Adam Weinberger avant et après cette expérience irracontable. Difficile ensuite de l’oublier.
Intimiste toujours, Ceux qui marchent dans les villes, de Jean-François DAUVEN, roman sur une poignée d’individus perdus dans une grande ville, des villes qui seront, elles aussi, des personnages. Paris, Rome, Londres,… et Bruxelles, bien sûr, autant de villes que d’histoires qui finissent par se répondre. Si la balade dans laquelle DAUVEN nous emmène est parfois un peu longue, la description des villes et des individus ne manque pas de charme.

-    Des romans à suspense
On compare souvent Armel JOB à SIMENON. Il est vrai que ses polars sont comme ceux du maître liégeois, des romans psychologiques avant d’être des romans à suspense. Dans Les Fausses innocences, déjà, JOB reconstituait l’ambiance trouble de l’après guerre dans les cantons rédimés (partie de la Belgique du côté de la frontière allemande) et nous faisait nous intéresser à l’étrange personnalité du narrateur, de sa mère tyrannique et de la femme qu’il continue d’aimer malgré qu’il la soupçonne d’avoir bel et bien tué son mari. Dans son dernier roman, Tu ne jugeras point, où il est question de la disparition d’un bébé, le point du vue est celui du juge qui dirige l’affaire, qui soupçonne la mère et cherche à connaître la vérité sans porter de jugement. Roman haletant qui évite subtilement de tomber dans le glauque, le tapageur ou le mélodramatique.
Citons également Jean-Baptiste BARONIAN, auteur « spécialisé » dans le polar et le fantastique (il n’est pas Belge pour rien…) qui a publié une quarantaine de romans (mais aussi une excellente biographie de BAUDELAIRE) dont le très noir Matricide dans lequel un policier de quartier qui s’ennuie assassine sur un coup de tête une pauvre petite vieille.
Et puisque nous sommes pour une Belgique unie, rappelons que nous avions déjà parlé ici d’un grand auteur flamand de roman policier, à savoir Pieter ASPE.

-    Des romans historiques

C’est à l’histoire de Rabelais que s’est intéressée Valérie DE CHANGY dans son roman Fils de Rabelais. La romancière y raconte un épisode de la vie du grand écrivain humaniste par l’intermédiaire d’un hypothétique fils adoptif. Nous sommes à la fin de la Renaissance, en pleine guerre de religion, période pendant laquelle il n’est plus aussi aisé de dire ce que l’on pense, même par le rire, et où Rabelais commence à s’inquiéter de la réaction que pourrait susciter la publication de son dernier ouvrage, Le Tiers Livre.

-    Des romans d’anticipation
Bernard QUIRIGNY est un jeune auteur à suivre et à saluer pour deux raisons évidentes : son roman Les assoiffées (dont nous avons parlé ici) est un excellent mélange de contre-utopie et d’humour mais aussi (surtout ?) il aura permis aux accros de la rentrée littéraire, qui lui ont accordé pas mal d’attention, de découvrir que, non, il n’y a pas qu’Amélie Nothomb qui écrit en Belgique…
Vincent ENGEL, quant à lui, nous suggère dans Mon voisin c’est quelqu’un de faire bien attention aux agissements de nos voisins. Celui d’Otto, narrateur de cette histoire, est déjà effrayant à première vue. Quand ensuite on se rend compte du plan machiavélique qu’il a mis en place pour faire valoir ses idées radicales et nauséabondes et faire revivre un triste passé, on décide de redoubler de vigilance par rapport à notre voisinage. ENGEL n’a rien n’inventé en terme de roman d’anticipation mais on aime son style dynamique et caustique et puis il est des souvenirs qu’il est toujours bon de rappeler…

A lire qu’il drache ou qu’il neige, un paquet de frites brûlant ou une bonne gauf’ entre les mains, attablé devant une bonne pintje,… qui sait si vous n’aurez pas un sacré boentje pour un de ces auteurs !

PS :
- Des livres du plat pays… une fois #1 c’est ici.

- Comme nous sommes nuls en challenge, nous n’avons pas participé à celui organisé par Reka sur la littérature belge. Pourtant nous aurions facilement gagné le titre de « gros Belge » !

- On profite de ce billet pour ajouter un titre à la playlist de Leiloona, bienheureuse créatrice de la radio des blogueurs. Un titre belge, bien entendu ! 





29 août 2010

Girl power

Les assoiffées, Bernard QUIRINY

Farce politique et médiatique avec pour cadre le comble de l’exotisme: la Belgique.

En 1970, une révolution éclate aux Pays-Bas et se répand à la Belgique et au Luxembourg. Depuis lors, le Benelux, territoire d’un empire aux frontières infranchissables, est devenu terra incognita. Un groupe d’intellectuels parisiens, avec à leur tête Pierre-Jean Gould (un intellectuel parisien à trois initiales, ça ne vous dit rien ?), se prépare à embarquer pour une destination inédite et ô combien extrême : la Belgique !
Cette satire burlesque et mordante s’articule autour de deux récits. D’un côté, le journal intime d’Astrid, une jeune Belge, qui décrit de l’intérieur le fonctionnement de l’Empire. De l’autre, le compte rendu du voyage des Français qui ne verront de l’Empire que ce que leurs hôtes voudront bien leur montrer.
Mais que se passe-t-il de si extraordinaire en Belgique, me demanderez-vous ? Et bien une révolution d’un genre nouveau, si j’ose dire : les femmes ont pris le pouvoir ! Sous la férule d’Ingrid et de Judith, respectivement Grande Bergère et Bergère, les femmes ont installé un régime totalitaire aux accents féministes et lesbiens. Les Français parviendont-ils à voir ce qui se cache réellement sous la façade souriante et bon enfant des sujettes de l'Empire ?
Il ne m’aura fallu que deux pages pour sauter à pieds joints dans ce roman à l’humour grinçant. La description de l’état totalitaire fait écho à 1984 (notamment par de clins d'œil dans le récit d'Astrid) mais sous l’angle de l’ironie ou de l’humour noir, tant les lubies et la démesure du pouvoir y sont poussées à l’extrême. L’attitude docile et souvent béate des visiteurs français tient clairement de la farce. J’ai pensé plusieurs fois à Délégation de très faut niveau, ce numéro culte de l’émission Stip Tease sur la mission de parlementaires belges en Corée du Nord (à voir ici).
Après Contes carnivores, recueil de nouvelles qui lorgnaient du côté du fantastique (Prix Rossel 2008), Bernard QUIRINY propose un roman original, bourré d’imagination et qui parvient, par l’humour, à proposer une réflexion sur la politique, la manipulation et la vanité d’une certaine élite intellectuelle parfois coupée de la réalité. Même si le rythme est parfois inégal, c’est une lecture réjouissante qui redynamise le genre passionnant de la contre-utopie. Et puis, alors que notre pays est embourbé dans des négociations institutionnelles sans fin, il est amusant d’imaginer cette autre Belgique (même si, en tant qu’homme, l’empire des Bergères n’a rien de très réjouissant…).
Sébastien L, à qui je disais mon impossibilité de lire la livraison annuelle d’Amélie Nothomb, me demandait de lui conseiller des auteurs belges ; en voici un qui vaut le détour.

PS: Pour ceux qui voudraient aller plus loin dans leur découverte de la littérature belge (et des auteurs belges francophones), Reka propose un challenge à découvrir ici.

7 octobre 2009

Des livres du plat pays... une fois #1

Des idées à lire un jour de grisaille, en regardant tomber la pluie et en trempant ses frites dans la mayonnaise !

Petit plaisir du blogger : aller voir combien de personnes se sont connectées sur notre blog et ont lu notre prose. Et savoir qui sont nos lecteurs. Surprise: la plupart ne sont pas de chez nous, le pays du spéculoos, de Brel, de Poelvoorde, de la mer du Nord, d’Amélie Nothomb (comme ça on l’a citée, et on n’en parle plus dans la suite de ce message) et de la bière. Du coup, on a une idée : pourquoi ne pas écrire sur la littérature de chez nous ! Un peu de nationalisme, que diable ! Et oui, malgré la jeunesse de notre pays et ses trois communautés linguistiques, la littérature française de Belgique (ou belge de langue française) existe bel et bien ! Et même fort bien! On ne discutera pas ici de ses particularismes avérés ou non, mais on vous propose un aperçu pas du tout exhaustif : un melting pot égoïste de littérature belge !

Des classiques…
…pour pleurer : La femme de Gilles, de Madeleine BOURDOUXHE. Un petit chef d’œuvre sur la trahison d’un homme et l’amour d’une femme. Jusqu’où est-on prêt à aller par amour… ? Elisa, la femme de Gilles, accepte tous les sacrifices pour garder son homme, allant même jusqu’à se perdre. On peut la trouve faible et énervante… mais difficile de rester de marbre face à cet amour vertigineux.

…pour rire : La légende de Thyl Ulenspiegel, de Charles DE COSTER. Le jeune Thyl lutte contre l’envahisseur espagnol des Payx-Bas du 16ème siècle, avec l’espièglerie qui lui donnera son nom. Un langage très coloré, à la Rabelais, un humour décapant et un personnage devenu mythique.

…pour frissonner : Bruges-la-Morte, de Georges RODENBACH. Un veuf éperdu, une chevelure rousse, les canaux de Bruges, ... Le roman symboliste par excellence. Rappelons que la Belgique a toujours su faire la part belle aux mouvements « marginaux » : le symbolisme, le naturalisme, le surréalisme…, en peinture comme en littérature.

…pour délirer : Le perce-oreille du Luxembourg, d’André BAILLON. Ou l’expérience de la folie et de l’internement vues au travers de la verve d’un grand auteur.

Des romans contemporains…
…pour laver son linge sale en famille : Le bonheur dans le crime, de Jacqueline HARPMAN. L’histoire d’une maison et de la famille étrange, attachante et terriblement disfonctionnelle qui l’a habitée longtemps.

…pour se replonger dans les mythes : Œdipe sur la route et Antigone, d’Henri BAUCHAU. Des figures mythiques relues au travers l’écriture solaire d’un grand homme qui s’interroge sur l’art et la vie.

…pour grincer des dents : La seconde vie d’Abram Potz, de Foulek RINGELHEIM. Un vieil homme aigri qui décide d’assouvir un désir de plus en plus pressent : tuer, juste pour le plaisir. Humour noir, humour juif et roman savoureux.

…pour parler d’art : Excusez les fautes du copiste, de Grégoire POLET. L’histoire d’un artiste raté mais d’un faussaire de génie. Qu’est-ce qui fait une œuvre d’art ?

…pour rester zen : Nuage et eau, de Daniel CHARNEUX. Le parcours spirituel d’un moine boudhiste amoureux de la poésie aux 18ème et 19ème siècles. Beau récit initiatique dans un Japon magnifié.

(Attention : cet article contient de nombreux clichés sur les Belges et la Belgique ! A vous de les retrouver…)

3 mai 2009

La Belgique: l'autre pays du polar?

Pieter ASPE, La carré de la vengeance

Les Suédois, Norvégiens et autres Islandais n'ont pas l'apanage des policiers bourrus! Nous aussi, nous avons des flics un peu têtus et solitaires, prêts à remuer ciel et terre pour élucider un crime. On connaissait, du côté francophone, le commissaire Maigret. Voici maintenant, du côté flamand, le commissaire Van In.
Ce policier brugeois présente un humour cinglant et une indépendance d'esprit qui peuvent, à première vue, le faire passer pour un ours (sans parler de son penchant immodéré pour la Duvel...). Mais lorsqu'une jeune substitut du procureur débarque pour une enquête sur un cambriolage étrange, la carapace de Van In se fissure peu à peu.
L'intrigue mêle une série d'ingrédients classiques (une enquête, des indices mystérieux, le passé qui refait surface...) et d'autres propres à notre pays, comme l'ancienne rivalité entre police et gendarmerie ou encore le jeu des coalitions en politique. Le tout forme un polar efficace et agréable à lire.
Notons que les enquêtes du commissaire Van In sont devenues, en Flandre, un énorme succès d'édition.