25 septembre 2009

Rosencrantz et Guildenstern sont morts


De Tom STOPPARD, mise en scène de Daniel Scahaise.
Au Théâtre des Martyrs le 22 septembre (ARW) et le 1 octobre (ARU1) à 20h15.
Pour plus d'infos, un petit clic ici.

20 septembre 2009

Mise au vert

Doppler, Erlend LOE

Un retour à la nature dans la veine de Paasilinna.

Est-ce l’accident de vélo ? Est-ce la mort de son père ? La crise de la quarantaine ? Quoi qu’il en soit, Doppler a décidé de quitter la ville et ses contemporains, et plus particulièrement sa femme et ses deux enfants, pour aller vivre dans la forêt aux abords d’Oslo. Fuir les autres, car avant toute chose Doppler n’aime pas les gens. Leur vie minuscule de Norvégiens, leur « application », cette faculté innée de se conformer aux attentes et d’essayer de faire le mieux. Doppler est résolu : il ne veut plus être « appliqué ». Alors dans la forêt, il goûte à l’oisiveté et se donne pour programme de ne rien faire.
Il faut néanmoins subvenir à ses besoins vitaux. Alors il vole, parfois, ou tente de troquer au supermarché la viande de l’élan qu’il a tué de ses mains. Pas facile, d’ailleurs, de tuer un élan, surtout quand après il faut s’occuper d’un jeune élan orphelin. Qu’à cela ne tienne : Doppler n’a rien contre un compagnon, surtout si, comme Bongo le jeune élan, il est plutôt silencieux…
Parviendra-t-il à rester ainsi coupé du monde et à échapper à ses obligations ? Car, quand même, on rencontre parfois des personnes intéressantes qui, comme lui, vivent en marge de la société. Par exemple ce vieil homme qui passe sa vie à construire une reproduction en miniature d’une scène de la bataille des Ardennes où son père a trouvé la mort. Tiens ! En voilà une idée : rendre hommage à son père disparu. Doppler pourrait à son tour réaliser quelque chose : un totem !
Comme chez Arto PAASILINNA, le parcours décalé d’un personnage qui n’a rien d’héroïque est l’occasion de passer en revue les travers de la société, ici la classe moyenne norvégienne. L’éducation des enfants, l’absurdité du monde du travail, les sur-consommation, la propriété … C’est parfois un peu facile, mais souvent amusant. A partir de l’idée, pas très originale, du retour de l’homme à la nature et de la rupture avec la civilisation, Erlend LOE montre que le plus difficile n’est pas de s’adapter mais d’échapper aux autres qui, quoique vous fassiez, ne sont jamais bien loin.

(Niveau 2)

PS: Et la suite des aventures de Doppler, c'est ici.

16 septembre 2009

Ouvrez-moi la porte

Le Serrurier volant, Tonino BENACQUISTA

Un livre illustré pour adulte ou les périples d'un serrurier tourmenté.

Pourquoi les romans illustrés sont-ils réservés aux enfants. Pourquoi, nous, adultes et grands enfants (je pense à nos chers élèves…), ne pouvons-nous allier plaisir de la narration à celui de l’illustration, découvrir la suite d’une histoire par les mots ou par le dessin qui l’accompagne, enrichir le récit que l’on lit par les détails que l’on voit ? Il n’y a aucune raison, semblent répondre les éditeurs belges (un peu de nationalisme, faisons découvrir à nos lecteurs français un peu de notre patrimoine culturel, et promettons-leur d’ailleurs de publier tout bientôt un article spécial littérature belge) des éditions Estuaire qui ont eu la brillante idée de sortir des Carnets Littéraires, dont le principe est de faire collaborer un auteur avec un illustrateur. Ce n’est pas de la bande-dessinée, ni de la littérature jeunesse, mais bien de la littérature illustrée pour adulte. Comme une bonne idée ne vient jamais seule, les éditeurs ont pensé à Tonino BENACQUISTA pour écrire l’un des ouvrages de cette collection. BENACQUISTA, auteur prolifique, a écrit de nombreux romans, dont les très remarquables Saga, Quelqu’un d’autre et Malavita et est aussi scénariste (il a co-scénarisé avec Jacques Audiard les extraordinaires films Sur mes lèvres et De battre mon cœur s’est arrêté dont je me retiens avec difficulté de vous parler beaucoup plus longuement). Par ailleurs, il a également travaillé avec la bande dessinée puisqu’il a écrit l’adaptation d’une de ses nouvelles, La boîte noire, et un scénario original, L’outremangeur (qui a eu droit malheureusement à une maladroite adaptation au cinéma), tous deux illustrés par FERNANDEZ. Rien de surprenant donc à ce qu’on ait pensé à lui. Lorsqu’on lui a parlé du projet, BENACQUISTA a évoqué timidement le nom de TARDI, sans oser rêver que ce dernier accepte. Or, non seulement TARDI accepta de participer à l’un des carnets, mais sans savoir que BENACQUISTA avait pensé à lui, il proposa précisément le nom de cet auteur, avec qui il avait envie de collaborer depuis longtemps. Le hasard fait bien les choses. Sauf que ce n’est pas tout à fait le hasard. En effet, ces deux hommes ont bien des points communs : artistes populaires (au sens le plus élogieux du terme) ne se pliant jamais à aucun diktat de la mode culturelle, touches à tout (et avec brio), ils créent ou adaptent de vraies bonnes histoires, avec des personnages sombres mais franchement humains, des camarades terriblement attachants. De plus, tous deux ont un gros faible pour le polar (BENACQUISTA en a écrit de nombreux, TARDI a créé l’enquêteuse Adèle Blanc-Sec et adapté de nombreux Nestor Burma, le détective créé par Léo MALLET). Enfin, ils assument l’un et l’autre une culture populaire (BENACQUISTA dit que sa vocation d’artiste lui vient de la télévision) et n’en sont pas moins de vrais amateurs de littérature (TARDI a adapté, entre autres, des œuvres de CELINE). Ils étaient donc faits pour se rencontrer. De leur collaboration est né Le Serrurier volant : l’histoire de Marc qui, pour oublier la tragédie qu’il a vécue, quitte tout et se reconvertit en serrurier indépendant. Il ferme la porte de sa vie pour ouvrir celle des autres mais certaines serrures vont lui ouvrir des fenêtres sur le passé et lui permettre de penser à l’avenir. Une belle petite histoire, un conte moderne, bien écrit, bien ficelé, mis en valeur par les illustrations de TARDI qui représentent parfaitement l’ambiance décrite par BENACQUISTA. Deux art(tiste)s pour le prix d’un, double plaisir.

PS: il semblerait que les éditions Estuaire aient arrêté cette série, mais le volume BENACQUISTA-TARDI est disponible en Folio.

(Niveau 1)

10 septembre 2009

La part manquante

Les Disparus, Daniel MENDELSOHN

Une enquête sur la part manquante d’une histoire familiale. Une autre manière de parler de l’Holocauste, de l’Histoire et des histoires.

Daniel MENDELSOHN a été, depuis l’enfance, bercé par les histoires de son grand-père maternel : son départ d’une petite ville de Pologne en 1941, son arrivée aux Etats-Unis, … . Des histoires mythiques, répétées sans cesse. Des histoires drôles, souvent. Mais l’histoire qui concerne Schmiel, le frère du grand-père, et ses quatre filles, disparus en Pologne durant l’Holocauste, est une histoire incomplète dont le grand-père n’a jamais donné les détails. Où ? Quand ? Comment sont-ils morts ?
Après le décès de son grand-père, Daniel MENDELSOHN découvre les lettres désespérées de Schmiel, implorant sa famille américaine de l’aider à quitter la Pologne car le pire risquait d’arriver.
L’auteur, passionné par la généalogie, décide d’entreprendre des recherches pour comprendre ce qui est arrivé à ce grand-oncle et à sa famille. Ces recherches vont l’amener à voyager : Israël, Australie, Suède, Ukraine (là où se trouve aujourd’hui Bolechow, la ville dont sa famille est originaire) … Chaque voyage est une rencontre avec les anciens de Bolechow, rares survivants de l’extermination de la population juive de la région, programmée en plusieurs phases par les nazis. A chaque rencontre, de nouvelles informations sur les disparus. Pas uniquement sur leur mort, mais des détails sur leur vie, leur quotidien, leur caractère, … Et aussi le portrait de ceux qui ont survécu et qui, chacun à leur manière, vivent avec le passé. Des rencontres, des voyages, mais aussi d’incroyables hasards qui, jusqu’à la toute fin, permettent à Daniel MENDELSOHN de reconstituer le puzzle.
Un livre sur la tragédie de l’Holocauste mais aussi une réflexion sur comment l’histoire se raconte, se construit et se transmet. De l’importance de dire, ou de ne pas dire. De la difficulté de juger ou de ne pas juger ce que l’on n’a pas vécu. MENDELSOHN s’interroge aussi sur les raisons de sa quête et sur ses propres liens familiaux.
L’histoire de la recherche des Disparus est entrecoupée par des réflexions sur les premiers épisodes de la Torah : la Genèse, Adam et Eve, Caïn et Abel, Noé, Abraham. Il compare, en historien et en spécialiste de la littérature grecque, les différentes interprétations données à ces autres histoires et montre comment elles peuvent nous éclairer sur nos comportements.
Dans ce livre, pas de scoops, par de révélations sensationnelles, mais le récit d’une recherche qui permet de mettre en lumière une autre réalité de l’Holocauste en passant non pas par le collectif, comme dans les lieux de mémoire que sont les camps, mais par le parcours de quelques individus. MENDELSOHN est parfois très sentimental, il le dit lui-même, mais son regard est surtout profondément humain et les questions qu’il évoque dépassent largement son histoire personnelle. Alors oui, c’est très long, très détaillé, mais c’est une lecture assez simple et souvent captivante (sans être pour autant, comme l’indique assez bêtement le quatrième de couverture, « un roman policier haletant » !).

Niveau 3
(Merci à Laurent pour ce conseil judicieux)

3 septembre 2009

Femme à tout faire

La servante écarlate, Margaret ATWOOD

Un roman d’anticipation féministe et étonnant.

Pour la petite histoire, nous cherchions un roman d’anticipation à analyser en classe, dans la veine de 1984 de George ORWELL (que nous avons souvent fait lire à nos élèves). Amandine, qui a toujours le flair, nous a trouvé ce roman d’un écrivain dont nous pensions déjà beaucoup de bien (beaucoup de bien ici et ici). Et ça se confirme.
Donc nous sommes dans le futur, à la fin du vingtième siècle (le livre a été écrit en 1985) et nous écoutons le récit de Defred, une jeune femme habillée de rouge et coiffée d’un voile qui la cache aux regards des hommes. Elle est au service d’un Commandant et de son Epouse : elle est chez eux pour être fécondée. Depuis quelque temps, les naissances sont de plus en plus rares et les couples des classes dirigeantes peuvent avoir recours à ces mères porteuses à domicile, servantes silencieuses et désincarnées. Defred passe son temps à attendre et, par bribes, à penser à avant, au monde d’avant la République de Gilead. Elle était mariée à Luke, avait une petite fille. Mais où sont-ils maintenant ?
Est-il possible pour Defred de devenir cet objet de reproduction qui n’aurait pas de passé et pas d’avenir ? Est-il possible de faire à jamais disparaître le désir et ne limiter l’acte sexuel qu’à la reproduction ? Et comment la démocratie américaine a-t-elle pu en arriver là ?
C’est par petites touches qu’ATWOOD nous décrit la société de Defred, ses codes, son histoire et ses pratiques barbares. Elle imagine ici que la droite ultra-religieuse américaine s’empare du pouvoir, aidée en partie par certains mouvements féministes anti-pornographie. Le tout aboutit à la construction de cette femme-objet, mi-nonne mi-prostituée, soumise et contrôlée. On n’est pas loin de la société de 1984 à ceci prêt que chez ATWOOD ce ne serait pas les progrès technologiques qui permettraient l’instauration d’un régime totalitaire mais plutôt le fanatisme religieux.
Quand on sait combien le débat autour du retour du religieux et de l’effacement de certains principes de la laïcité est d’actualité (notamment la séparation de l’Eglise et de l’Etat), on se dit que La servante écarlate est une mise en garde puissante et pertinente. Le livre est parfois dur, certaines situations peuvent paraître malsaines, mais elles ne sont pas gratuites et servent à dénoncer une dérive et à questionner la place de la femme dans la société.
La force du livre réside également dans la finesse de sa construction et dans la justesse du ton : une distanciation entre le personnage et ce qui lui arrive. On est pris, captivé et tenu en haleine par ce roman qui pourtant se construit lentement. Et les dernières pages, d’une incroyable efficacité, nous amènent vers un autre niveau de lecture (mais nous n’en dirons pas plus…).
Pour terminer, une anecdote qui nous fait sourire, alors que nous nous apprêtons à faire lire ce roman à nos élèves : La servante écarlate a récemment donné lieu à une polémique au Canada. Un parent, dont l’enfant avait dû lire le roman à l’école, a estimé que cette lecture, qu’il considère comme trop brutale, anti-chrétienne et anti-islamique, n’était pas destinée à des adolescents.
Nous sommes déjà curieux de voir ce que nos élèves en penseront… Comme quoi — comprenne qui pourra — nous ne sommes pas du genre à éviter les sujets qui fâchent…

Niveau 2

31 août 2009

L'ombre du froid

Ténébreuses, Karin ALVTEGEN

Un nouveau polar venu du froid ? Pas tout à fait, plutôt un thriller psychologique qui tourne autour de lourds secrets de famille.

Qu’est-ce qui relie les personnages qui apparaissent dans les trois premiers chapitres du roman de Karin ALVTEGEN : le fils du grand écrivain consacré par le prix Nobel de littérature, une vieille dame qui meurt seule et laisse tout à un héritier que personne ne connaît et le petit garçon abandonné par sa mère sur les marches d’un escalier?
Pas question de vous en dire plus et de gâcher le suspense. La reine du polar scandinave nous plonge dans une histoire de famille et de ses secrets en nous dévoilant peu à peu les liens qui existent entre les personnages, et surtout en nous laissant suivre de nombreuses fausses pistes, mises à mal par la subtilité de son intrigue. ALVTEGEN, petite fille de l’auteur de Fifi Brindacier, auteur suédois aussi lue que MANKELL (et vous savez déjà à quel point nous aimons les auteurs de roman policier scandinave : petit rappel ici) signe ici son quatrième roman après Trahie, Honteuse et Recherchée. Ses titres nous démontrent l’intérêt qu’elle porte aux femmes et à leur condition. Si ses livres ont été rangés dans les romans noirs (ce qui n’a désormais plus rien de dévalorisant, le polar ayant enfin trouvé sa légitimité auprès de presque tous les publics), ses romans sont inclassables. Il y a évidemment des intrigues, du suspense et quelques cadavres au fond des placards, mais il y a également une fine analyse psychologique des personnages et de leurs comportements. Des personnages qui dérapent, qui font des mauvais choix, qui en payent les conséquences. Mais d’autres qui décident de changer leur destinée et de se libérer des chaînes qui les entravent. Une écriture fluide dans un récit haletant. Laissez-vous surprendre.

23 août 2009

Instants nippons

La mer, Yoko OGAWA

Un recueil de nouvelles au doux parfum d'étrangeté.

Comme dans La formule préférée du professeur, OGAWA présente dans ces nouvelles des personnages de générations différentes qui, souvent à travers des notions de voyages ou de déplacements, se rencontrent et se nourrissent de souvenirs et d’instants partagés. Par exemple, dans Voyage à Vienne où une jeune femme renonce à ses visites touristiques pour accompagner une vieille dame au chevet d’un ancien amant à l’article de la mort. Des instants suspendus autour d’une action, d’un micro-événement : le passage d’un camion de poussins colorés, une visite guidée ou un trajet en train.
Les nouvelles d’OGAWA échappent au schéma traditionnel du récit avec un début et une fin. Elle saisit ses personnages dans un moment de leur vie, comme une étape dans un parcours plus vaste. Et derrière l’apparente banalité du quotidien qu’elle décrit apparaissent çà et là d’étranges éléments. Comme cette petite fille muette qui collectionne les mues d’insectes ou cet ancien poète reconverti dans la création de titres de souvenirs. Contrairement à son précédent recueil, Tristes revanches, ces histoires restent cependant bien ancrées dans la réalité. Ici pas de carottes en forme de main ou d’apparition de montagnes de kiwi.
La douceur de l’écriture d’OGAWA, la simplicité et la finesse de son style donnent à ses textes des allures de poèmes et certains, mais en disant cela nous sommes presque dans le cliché, partagent avec le haïku cette faculté de capturer le moment et l’émotion.
Et parfois, cette douceur tend vers l’érotisme, comme dans la nouvelle Le bureau de dactylographie japonaise Butterfly. De minuscules caractères de plomb d’une machine à écrire se transforment en objets passeurs de désir et de sensualité.
(Niveau 2)

18 août 2009

Elle à table!

La femme comestible, Margaret ATWOOD

Le portrait d'une femme en proie à l'aliénation dans la société de consommation des années 60. Drôle et implacable.

Fin des années 60 en Amérique du Nord. Marian est une jeune femme en phase avec l'air du temps. Elle travaille dans une société de marketing qui sonde des consommateurs. Elle fréquente Peter, un jeune homme bien sous tous rapports: un possible futur mari? Car comment envisager sa vie sans passer par la case mariage? Marian ne veut pas ressembler à sa colocataire qui, alimentée aux discours psys et féministes, envisage de faire un bébé toute seule.
Alors que Marian s'engage peu à peu sur les rails d'une vie qu'elle pense avoir choisie, les contours de son existence commencent à lui échapper et ce qu'elle croyait jusque-là évident perd de sa clarté. Cela commence notamment par ces aliments que son corps refuse peu à peu d'avaler. Et la rencontre de Duncan, un étudiant lunatique et bohème, l'amène vers des espaces de sa propre vie encore inexplorés.
La femme comestible, c'est cette jeune fille des années 60 et 70, époques d'avant les combats d'émancipation des femmes. Comestible car, comme Marian, elle n'est finalement qu'un produit de consommation parmi tant d'autres. Une chose que l'on peut utiliser, agrémenter, habiller et déshabiller, transformer afin qu'elle corresponde au mieux aux attentes de son mari et de la société.
Le premier roman d'ATWOOD (auteur déjà évoquée ici), qui n'avait jusqu'ici jamais été traduit en français, veut dénoncer la condition féminine de son époque et choisit de le faire par l'humour. Humour grinçant qui démontre un processus d'aliénation bien rôdé et incidieux. Le talent d'ATWOOD est de réussir à rendre, par l'écriture et par un jeu de narration décalé, la transformation du personnage qui s'éloigne toujours plus d'elle-même, jusqu'à une scène finale surprenante et jubilatoire.
(Niveau 3)

15 août 2009

L'amour à l'italienne

Mal de pierres, Milena AGUS

Quelques pages tout en finesse sur la Sardaigne, la folie, l’écriture, la passion et l’amour d’une grand-mère.

Mal de pierres est le récit de vie d’une femme, grand-mère de la narratrice, personnage fantasque et marginal qui est encore célibataire à trente ans (donc presque vieille fille en ce début des années quarante) parce qu’elle fait fuir ses prétendants en leur écrivant de bouillonnantes lettres d’amour et qui écrit, en cachette, sa vie et ses réflexions dans un petit cahier noir, retrouvé par sa petite fille. Quand finalement elle trouvera un mari, un homme bon, qu’elle n’aime pas, et qui l’épouse pour rendre service à sa famille, son « mal de pierres », c’est-à-dire ses calculs rénaux, l’empêchera d’avoir des enfants. Elle partira donc quelques mois dans un sanatorium où elle connaîtra le véritable amour.
A priori, rien d’original dans ce récit de vie et l’on craint de lire à nouveau un auteur qui se contente de se raconter, de raconter sa famille, dans un texte un peu égocentrique et par lequel nous ne nous sentons pas concernés. Mais Milena AGUS (qui dit être une femme qui écrit mais pas encore un écrivain) par une écriture tout en finesse, par une construction originale, par la description de sa Sardaigne, et par une fin assez surprenante, réussit à nous séduire. Un tout petit livre tout en légèreté et en sensibilité.

13 août 2009

Faut-il avoir peur du loup?

Une faim de loup, Anne-Marie GARAT

Une analyse fine et éclairante du Petit Chaperon rouge de PERRAULT par une dévoreuse de mots.


La petite fille, les galettes, le loup, la chevillette et la bobinette, la mère-grand, les oreilles, les yeux, les dents: les ingrédients sont connus et nous ne nous lassons pas d’entendre et de raconter cette histoire cruelle et sanglante (drôle d’histoire à raconter aux enfants avant de dormir…). Le charme continue d’agir et le conte de traverser les générations. C’est, pour l’enfant, l’entrée dans le monde de l’imaginaire, qui préfigure son entrée dans celui de la littérature et de l’art.
Comme souvent, la proximité, l’habitude font que nous passons peut-être à côté de certains détails ou encore ignorons finalement pourquoi ce conte est à ce point fascinant.
Anne-Marie GARAT (que nous aimons beaucoup beaucoup) propose une lecture du conte de PERRAULT, l’original, pas celui où un gentil chasseur viendrait délivrer la jeune étourdie du ventre du loup (comme dans la version des frères GRIMM). Non, GARAT se penche sur ce petit bijou littéraire du 17ème siècle et en donne une analyse selon différents angles. Histoire et histoire littéraire, sociologie, psychanalyse, linguistique, étude stylistique.
Dans la Psychanalyse des contes de fées, Bruno BETTELHEIM avait déjà proposé une analyse psychanalytique du conte, mais sans utiliser la version de PERRAULT.
Le texte est archi-connu, mais pourtant, à y regarder de plus près (et c’est à relire de toute urgence ici), il semble soudain abriter des mystères. Pourquoi la mère et la mère-grand sont-elles « folles » de l’enfant ? Pourquoi la fillette, pas idiote, ne voit-elle pas la différence entre le loup déguisé et son aïeule ? Et pourquoi, alors que finalement elle n’est coupable d’aucune désobéissance, le Petit Chaperon rouge est-elle dévorée par le loup ?
A travers l’observation fine et pleine d’intelligence des mots et du récit, dont la cruauté n’a pas d’équivalent dans les autres Contes de ma mère l’Oye, GARAT nous ouvre les yeux sur la multiplicité des sens que nous pouvons dégager. Et nous fait découvrir des évidences insoupçonnées. Par exemple, nous pensions savoir ce qu’est un chaperon : une petite cape dotée d’un capuchon. Et bien pas du tout ! Le chaperon est une coiffe, « un petit bandeau d’étoffe rembourrée porté sur le haut de la tête » (p. 100), un accessoire qui, à l’époque de PERRAULT, était déjà passé de mode depuis longtemps. Pourquoi dès lors la mère-grand a-t-elle affublé la petite de cette coiffe de vieille femme ? Et rouge en plus !
Selon GARAT, ce que le conte peut nous apprendre, par-delà sa morale convenue sur le fait qu’il faut se méfier des beaux parleurs, est les dangers du dévoiement des rapports mère-fille.
Par delà l’histoire, le récit, il y aussi une analyse précise de la langue, du matériau du conte et de son jeu sur l’oralité. C’est le plaisir des mots, le goût des sonorités, du langage. Et pour nous amener au plus près de cette histoire de dévoration, Anne-Marie GARAT se fait loup. Car, comme pour chaque livre de l’auteur, on reste enchanté par cette langue qui se régale des mots, s’amuse avec eux. Et de ce loup-là, nul besoin de se méfier.

11 août 2009

La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao

La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao, Junot DIAZ

Oscar est un adolescent obèse, mal dans sa peau, passionné de jeux vidéo et de littérature fantastique, qui tombe amoureux à tout bout de champ mais qui n'arrive jamais à conclure. Comme l'annonce le titre, Oscar mourra jeune et son pote Yunior décide de raconter sa brève existence. Mais il narra aussi l'histoire familiale d'Oscar et son récit prendra l'allure d'une véritable saga. Originaire de Saint Domingue où se déroule une grande partie du récit, la famille d'Oscar émigrera aux Etats-Unis, au beau milieu du New-Jersey. Ainsi, notre narrateur narrera Saint Domingue, les horreurs du régime du dictateur local Trujillo, le "fukù", cette la malédiction dominicaine qui frappera la famille d'Oscar mais aussi la petite ville américaine de Paterson et la difficulté d'être un adolescent, surtout si on est différent.
Un récit coloré, loin d'un exotisme cliché, et une langue mélange d'anglais, d'espagnol, d'expressions dominicaines et d'argot hip hop. Une langue qui déroute, au début, et qui rend la lecture un peu ardue. Puis la langue se fluidifie (ou est-ce nous qui nous habituons ?) et la lecture de cette extraordinaire histoire familiale et de ce pays méconnu devient tout à fait savoureuse. Notons que Junot DIAZ a gagné, pour ce livre, rien de moins que le prix Pulitzer. Un livre comme un contresort à la malédiction : un zafa !

PS: Nouveauté sur Voyelle et Consonne: vous pouvez dorénavant laisser vos commentaires!

7 août 2009

Récompense!

Avant de reprendre le fil de nos publications, une nouvelle qui nous réjouit:

Voyelle et Consonne a reçu le Blog d'Or du meilleur espoir!

Alors un grand merci à In Cold Blog et à ceux qui, depuis lors, sont venus faire un petit tour sur le blog.
Encore un petit peu de vacances et nous revenons en force...

20 juillet 2009

Vacances et preview saison 2


Nous voici arrivés au bout de notre première année sur la blogosphère!
Voyelle et Consonne s'adressait au départ avant tout à nos élèves, mais au fil de l'année, le public et le contenu du blog se sont élargis. Et nous sommes heureux de constater que vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire.


Nous partons maintenant pour des petites vacances (avec, dans nos valises, de quoi lire pour six mois...) et serons de retour le 15 août pour Voyelle et Consonne - saison 2!

Pour cette nouvelle saison, nous vous annonçons déjà, en preview, quelques nouveautés: l'ouverture des commentaires, des petites modifications dans notre façon de présenter les bouquins, peut-être une nouvelle mise en page (on y travaille) et notre première participation à un événement interblogs:

les Harlequinades 2009! Il s'agit de lire un roman de la collection Harlequin (le plus dur étant quand même d'aller l'acheter et d'oser passer à la caisse...) et d'en proposer une lecture fouillée et érudite (sociologique, littéraire, philosophique, culinaire, ...). Plus d'infos sur le projet ici et ici.




Pour ceux qui n'auraient toujours rien trouvé à lire au soleil, nous vous rappelons nos deux thématiques "vacances" ici et ici. Et nous vous invitons aussi à utiliser notre nouveau répertoire par catégories.

Bon été à toutes et à tous et bonnes lectures!



17 juillet 2009

L'enfant sans nom

L’enfant sans nom, Amy MacKINNON

Il fait beau, ce sont les vacances, la vie est belle… Trop belle ? Vous n’avez pas votre quota de noirceur nécessaire pour équilibrer tout ça. Alors prenez-en une forte dose, d’un seul coup, en lisant L’enfant sans nom. Les sources d’inspiration d’Amy MacKINNON pour écrire ce premier roman furent son oncle, propriétaire d’une entreprise de pompes funèbres et l’histoire vraie d’une petite fille retrouvée morte et restée anonyme pendant de longues années. Dans la fiction, cela devient l’histoire de Clara, jeune femme fragilisée par une enfance traumatisante, qui n’a trouvé comme refuge que de devenir croque-mort ou plus précisément thanatopractrice et de se couper du monde. Ses seuls amis sont son patron et sa femme qui la considèrent comme leur propre fille. Mais la rencontre avec une petite fille qui cherche à entrer en contact avec elle, puis la disparition de cette dernière vont forcer Clara à sortir de son enfermement. Clara est-elle folle, comme tout le monde semble le penser ? C’est ce que va chercher à découvrir Mike, flic séduisant mais dépressif.
Si certaines parties du livre donnent parfois un léger arrière-goût de série télévisée, on se laisse hypnotiser par ce thriller étrange et par son héroïne. Puis on respire un bon coup, et on profite d’autant plus de l’été !

15 juillet 2009

Cow-boys et grands espaces

Les oeuvres de la littérature américaine sont souvent étroitement liées à un lieu, que ce soit la grande ville, la campagne ou, pour ce qui nous intéresse ici, les grandes étendues. De grands espaces soumis aux rigueurs du climat où l'homme, entouré de ses animaux et d'une nature indomptable, semble retrouver une certaine forme de sauvagerie.

Dans Le pouvoir du chien (Niveau 2), le lecteur s'embarque pour une ferme isolée du Montana tenue par deux frères. George, lourdaud et introverti, et Phil, un cow-boy viril et redoutable. L'équilibre de leur existence où le temps est rythmé par les saisons et le travail bascule violemment lorsque George décide d'épouser Rose, la jeune veuve d'un médecin que Phil avait accablé de ses moqueries. Et l'arrivée de Peter, le fils de Rose, ne fera qu'aggraver la situation. Le garçon aime lire et fabriquer des fleurs en papier. Pour Phil, c'est une "chochotte" et il décide de rendre insupportable la vie des nouveaux venus. Mais la haine qu'il éprouve pour Peter suggère peut-être quelque chose de plus profond. Et le plan qu'il tente de mettre en place pour se débarrasser de ces citadins pourrait se retourner contre lui... Thomas SAVAGE joue avec intelligence sur le poids du non-dit pour construire une intrigue imparable tout en proposant une desciption fine des sentiments des personnages, reculés du monde mais aussi d'eux-mêmes.

Juste au Sud du Montana, s'étendent les grandes plaines du Wyoming, source d'inspiration inépuisable pour la novelist Annie PROULX. Les nouvelles du recueil Les pieds dans la boue (Niveau 2) mettent en scène le petit monde des ranches, des rodéos et des cow-boys. Des existences souvent difficiles, marquées par la rudesse du travail et l'impossibilité de s'imaginer un ailleurs. Parfois drôles, parfois violents, ces courts récits témoignent surtout du lien entre l'homme et son environnement, magnifique, immense et impitoyable. On rencontrera au fil de la lecture un jeune homme qui voue sa vie au rodéo, une fille qui parle à un tracteur et pas mal de maris bourrus. Notons que ce recueil comporte également la nouvelle Brokeback Mountain, histoire d'amour impossible entre deux cow-boys, adaptée au cinéma par Ang Lee.

7 juillet 2009

Je suis très à cheval sur les principes

Je suis très à cheval sur les principes, David SEDARIS

David SEDARIS est, comme le dit la quatrième de couverture, le seul écrivain américain à avoir rempli Carnegie Hall. Les textes qu'il écrit sont en effet destinés à être lus en public. Ce n'est pas du one man show, plutôt une sorte de stand up lu où SEDARIS pose son regard cynique et décalé sur le quotidien. Il tente de répondre à des questions ô combien existentielles: comment choisir un accessoire de mode pour homme? Comment entretenir une colonie d'araignées dans sa maison de campagne? Comment réagir face à un taximan intrusif?
SEDARIS analyse les petites névroses de ses contemporains pour, avant tout, rire de lui-même. Il nous raconte sa famille, ses voyages entre les Etats-Unis et la France (où il habite une partie du temps), son petit-ami qui, lui, sait lire un plan dans une ville étrangère ou encore son rapport problématique à la cigarette.
Comme dans la série culte Seinfeld, SEDARIS parvient à construire un récit à partir d'un fait anodin. On pense aussi souvent à Woody Allen et à Oscar Wilde. Pas de poliquement correct mais un sens de l'ironie pointu et efficace.

Et pour découvrir l'auteur, une interview par David Letterman.

Le mec de la tombe d'à côté

Le mec de la tombe d'à côté, Katerina MAZETTI

Désirée, une veuve d'une trentaine d'années, passe de longs moments face à la tombe de son mari. Le mec de la tombe d'à côté, c'est Benny, qui vient entretenir la tombe de ses parents. Ils s'observent, se jaugent, finissent par se sourire et c'est le début d'une passion amoureuse. Mais c'est aussi le choc des cultures, sur le mode "rat des villes et rat des champs". Désirée est bibliothécaire, citadine et indépendante. Benny s'occupe seul de la ferme de ses parents et de ses vaches. Il voudrait d'une femme qui l'aide à entretenir la ferme. Amour impossible?
Le roman alterne les points de vue de Désirée et de Benny sur leur histoire d'amour en construction. Le caractère un peu cliché ("ils n'ont rien en commun et pourtant...") de la situation est heureusement dépassé par un sens de la dérision piquant et extrêmement drôle. Pour un bon moment de lecture détente.

1 juillet 2009

Qu'est-ce que tu lis pour les vacances 2009? #2 Made in England

Dans cette chaleur estivale, voire caniculaire… pourquoi ne pas plonger dans une rafraîchissante ambiance de fog londonien ou autre brume de la campagne anglaise. Car les romans anglais nous enchantent en ces temps où malheureusement, beaucoup d’auteurs français nous déçoivent. Alors, puisque ce sont les vacances, ne boudons pas notre plaisir.

Les vacances, c’est le temps des polars (on vous l'avait bien fait comprendre ici). Même ceux qui s’interdisent les romans policiers, de peur de perdre du temps pour la « vraie » littérature, se laissent volontiers entraîner dans les intrigues et les énigmes le temps des congés. D’ailleurs, la romancière Elizabeth GEORGE refuse de voir une différence entre « le roman à énigme » et le « vrai roman ». Si l’auteur est américaine (mais spécialiste de littérature anglaise, rassurez-vous), ses personnages sont on ne peut plus anglais. Ainsi, Enquête dans le brouillard fait apparaître le très aristocratique Thomas Lynley, membre de Scotland Yard, et celle qui deviendra son acolyte, la vilaine mais maligne Barbara Havers. Un duo étonnant mais efficace qui évoluera au fil d’une dizaine d’ouvrages ultérieurs parmi lesquels on peut citer Une patience d’ange ou le récent Anatomie d’un crime. Pour les nostalgiques d’Agatha Christie. (Niveau 1)
Rappelons encore que l’auteur Gyles BRANDRETH a fait revivre le personnage d’Oscar Wilde et le fait mener l’enquête, assisté de son ami Robert Sherard et d’Arthur Conan Doyle en personne. On vous parlait du premier tome ici; le deuxième tome, Oscar Wilde et le jeu de la mort, vient de sortir.

Outre les polars, certains livres, légers et charmants, se prêtent merveilleusement à cette période de farniente. C’est le cas du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, roman épistolaire dans lequel une écrivain à succès va découvrir un bien étrange cercle littéraire, fondé inopinément en temps de guerre sur l’île de Guernesey, alors sous occupation allemande. Drôle et très attachant, ce roman écrit par deux romancières américaines (encore !), Mary Ann SHAFFER et Annie BARROWS, nous parle d’amitié, de solidarité et de littérature anglaise. (Niveau 1)
De littérature il est aussi question dans le roman La Reine des lectrices, à l’humour très british d’Alan BENNETT, dont on vous parlait ici.


Et pour terminer, parce que l'été c'est aussi le moment d'échapper au tourbillon incessant des sorties littéraires de l'année (avant le grand raout de la rentrée littéraire), il est parfois bon de se donner le temps de lire des auteurs classiques. Et comme nous parlons d'Angleterre, comment passer à côté de Jane AUSTEN. Dans Orgueil et préjugés, la jeune Elizabeth, une des cinq filles de la famille Bennet, incarne une héroïne d'une incroyable modernité (pour un roman publié en 1813). Dans une société où l'avenir d'une femme ne peut passer que par le mariage, l'arrivée à Netherfield Park d'un riche rentier et d'un de ses amis, l'orgueilleux Mr Darcy, met tout la famille d'Elizabeth en effervescence et déclanche une série de péripéties cruelles et drôles. Elizabeth, elle, est trop fière pour s'imaginer dépendre d'un homme, mais pourra-t-elle résister à l'amour? (Niveau 2). Du même auteur, suivez passionnément les errances sentimentales des sœurs Dashwood dans Raison et sentiments (Niveau 2).
Toujours dans les grands classiques anglais, retrouvons nos peurs d’enfant en lisant le très injuste sort d’Oliver Twist de DICKENS (Niveau 1) ou passons la journée avec Mrs Dalloway de Virginia WOOLF (Niveau 4) (qui a inspiré le magnifique roman Les Heures, de Michaël CUNNINGHAM - Niveau 3).

Have a nice time !

Première partie de Qu'est-ce que tu lis pour les vacances ici.
Tous les auteurs made in England sur le blog ici.

L'histoire d'un mariage

L'histoire d'un mariage, Andrew Sean GREER

Dès son adolescence, Pearlie tombe amoureuse du beau Holland Cook. Mais la Seconde Guerre mondiale éclate et les deux jeunes gens sont séparés de longues années. En 1949, à San Fransisco, leurs routes se croisent à nouveau et ils se marient, malgré l’étrange mise en garde des deux vieilles tantes de Holland. Un bonheur tranquille jusqu’au jour où Charles Drumer, vieil ami et ancien patron de Holland, débarque dans la vie de Pearlie et remet en question bien des choses.
Un livre tout en nuance, dans lequel les personnages et leur histoire sont dévoilés peu à peu, nous obligeant sans cesse à refaire l'image mentale que l'on a d’eux. Une description également de l’Amérique des années 50, minée par la guerre en Corée, la ségrégation raciale et l’intolérance.

30 juin 2009

Prix des lycéens du cinéma











Une nonne marginale, une maison au bord de l'autoroute, les amours impossibles d'une unijambiste et d'un amnésique, une jeune réfugiée déboussolée, un road-movie en Wallonie...

Le prix des lycéens du cinéma belge francophone: un projet qui nous tient à coeur et que nous invitons nos collègues à découvrir.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, il s'agit de regarder et d'exploiter en classe cinq longs métrages et, au final, de leur attribuer différents prix. Les précédentes éditions étaient un succès et, en voyant la nouvelle sélection, nous parions que celle-ci vaudra aussi le détour...

Inscrivez-vous rapidement ici: les places sont limitées.


21 juin 2009

La solitude des nombres premiers

La solitude des nombres premiers, Paolo GIORDANO

Une petite fille, Alice, fait une chute à ski qui lui laissera à jamais une cicatrice dans le bas du ventre et une jambe boiteuse. Mattia, un petit garçon au QI prometteur, abandonne sa soeur jumelle dans un parc: retardée, insortable, elle est la risée des autres enfants et un frein à la vie sociale de Mattia. Ces deux événements, la chute et l'abandon, auront de lourdes conséquences pour le futur d'Alice et Mattia.
Plus tard, quand ils se croiseront à l'école, ils se reconnaîtront et Mattia, alors passionné par les mathématiques, verra dans leur impossible couple des nombres premiers jumeaux. Les nombres premiers sont solitaires, divisibles seulement par 1 ou par eux-mêmes. Mais les nombres premiers jumeaux ne sont séparés que par un nombre pair et peuvent, peut-être, se recontrer.
Le roman suit la vie d'Alice et Mattia, à différentes étapes, dans la construction de leur identité solitaire et leurs tentatives désespérées de faire partie du monde. Le ton est clairement mélancolique mais GIORDANO parvient à éviter les écueils de la psychologisation outrancière et des sentiments faciles. Un premier roman touchant et précis.

Et pour ceux qui veulent conjuguer littérature et mathématiques, nous vous rappelons Les arpenteurs du monde de Daniel KEHLMANN et La formule préférée du professeur de Yoko OGAWA.

13 juin 2009

Qu'est-ce que tu lis pour les vacances 2009? #1

L’été est à nos portes et, pour nombre d’entre nous, c’est aussi bientôt les vacances !

Les journaux et les magazines ne vont pas tarder à recenser, si ce n'est déjà fait, ce qu’on appelle désormais les « livres de plage ». Alors nous aussi, et ce sera l’occasion de fêter la fin de la première saison de notre blog, nous avons voulu vous proposer quelques titres, d’hier et d’aujourd’hui, à emporter en vacances ou, ne soyons pas restrictifs, à la piscine, au parc, dans le jardin ou à la terrasse d’un café (l’idée étant, vous l’aurez compris, d’être détendus et prêts à se plonger dans une lecture captivante).

Commençons avec le grand ami des lectures de vacances : le polar !
Pour ceux qui auraient échappé au phénomène, profitez de l’été pour découvrir Millénium, la palpitante trilogie de Stieg LARSON (nous en avions déjà dit beaucoup de bien ici). Ou encore, les univers rafraîchissants d’autres auteurs du Nord (utiles en période de canicule) comme le champion de sa catégorie, Henning MANKEL. Certains connaissent déjà Le retour du professeur de danse, ou encore La lionne blanche (sans oublier Tea-Bag dont nous avons parlé ici. Nous vous conseillons cette fois-ci une autre aventure du commissaire Wallander : Les morts de la Saint-Jean (Niveau 2). Dans ce suspense digne des grands thrillers américains, nous suivons Wallander sur la piste d’un mystérieux tueur en série. Les indices s’accumulent mais ne se rattachent pas les uns aux autres. Le commissaire solitaire parviendra-t-il à arrêter le coupable avant de nouveaux meurtres ? (Pour d'autres auteurs venus du Nord, un petit rappel ici.)
Revenons dans nos contrées et amusons-nous avec les codes du polar traditionnel grâce aux enquêtes du commissaire Adamsberg de Fred VARGAS (Niveau 1). La romancière française est parvenue à créer, au fil de ses romans, un personnage lunaire et attachant, qui, dans ses drôles d’enquêtes, nous fait découvrir tout un univers décalé. Nous conseillons Pars vite et reviens tard, Sous les vents de Neptune et, le dernier sorti, Un lieu incertain, où Adamsberg suit la piste de tueurs de vampires…
Ou encore, pour les dandys amateurs de bons mots et d’énigmes, retrouvez Oscar Wilde jouant les Sherlock Holmes dans Le meurtre aux chandelles de Gyles BRANDRETH (Niveau 2). Wilde décide de mener une enquête suite à la découverte du cadavre d’un jeune garçon. L’occasion de voyager dans l’Angleterre de la fin du 19ème siècle, avec pour guide le flamboyant auteur du Portrait de Dorian Gray.
A la limite entre le polar et le roman de mœurs, Le dernier des Weynfeldt, de Martin SUTER (Niveau 3) (auteur dont nous avons déjà parlé ici). Adrian Weynfeldt, expert dans le marché de l’art et riche héritier d’une famille d’industriels zurichois, croise dans un bar Lorena, une mystérieuse femme qui, le lendemain, tente de se jeter du balcon d’Adrian avant de disparaître. Parallèlement à cette rencontre, un de ses connaissances lui propose de mettre en vente un faux : la copie d’un tableau du peintre Valloton… Et c’est le début des ennuis… Un roman élégant et léger sur le thème de la tromperie et du rapport à l’argent.


L’été, c’est aussi l’occasion de prendre le temps et qui dit temps dit : brique !
Nous avons déjà évoqué ici notre amour pour Jonathan COE. Si vous ne le connaissez pas encore, précipitez-vous sur le diptyque Bienvenue au club et Le cercle fermé (Niveau 3). Le premier roman suit le parcours d’un groupe d’adolescents à Birmingham dans les années 70. Premiers émois amoureux, questions existentielles et découvertes des idéaux, dans un climat de grands mouvements sociaux et politiques. Jonathan COE parvient, avec finesse et humour, à articuler la grande et la petite histoire. Dans Le cercle fermé, nous retrouvons les mêmes personnages, vingt ans plus tard. Que sont devenus leurs rêves et leurs espoirs à l’heure où le pays rentre dans le nouveau millénaire ?
Autre parcours, celui de Claude, jeune pianiste surdoué, héros de Corps et âme de Frank CONROY (Niveau 4). D’une enfance passée dans un appartement en sous-sol à New York à la découverte de son art, ce roman initiatique est une immersion dans le monde de la musique.
Plus léger mais tout aussi passionnant, L’ombre du vent, de Carlos Luis ZAFON (Niveau 3). Un best-seller international qui nous raconte les aventures d’un jeune garçon à la recherche d’un mystérieux écrivain à Barcelone à l’époque de Franco. Un roman haletant à la construction impeccable.

Dans la même catégorie (à savoir : ne soyez pas arrêtés par le nombre de pages), il y a encore Les falsificateurs d’Antoine BELLO, Le grand livre des gnomes de Terry PRATCHETT ou encore ces autres briques (et leur suite).

Pour changer un peu de ton, évoquons maintenant une saga qui est devenue, au fil des années, culte : Les chroniques de San Francisco d’Armistead MAUPIN (Niveau 2). Mary-Ann, une petite provinciale, débarque à San Francisco dans les années 80 et s’installe dans une maison tenue par Mme Madrigal, logeuse excentrique aux petits soins pour ses pensionnaires : Mouse, le jeune gay, Brian le séducteur ou encore l’étrange Mona. Tout ce petit monde cohabite joyeusement et vit de nombreuses aventures. MAUPIN est un dialoguiste hors pair qui parvient à captiver le lecteur dès les premières pages. On rit, on espère, on s’attache aux personnages et parfois on pleure un peu : c’est comme une série télé!

Aux Etats-Unis toujours, mais dans les années septante, Les charmes discrets de la vie conjugale de Douglas KENNEDY (Niveau 3). Malgré des parents progressistes, Hannah ne rêve que d’une vie tranquille auprès de son mari médecin. Mais l’ennui et la routine vont amener la jeune desperate housewife à se rendre complice d’un délit. Trente ans après, dans l’Amérique puritaine et sécuritaire de l’après 11 septembre, le passé d’Hannah refait surface et l’équilibre précaire de son quotidien de basculer… A travers la vie banale d’une mère de famille, KENNEDY dresse un portrait sans concession d’une société en proie à la paranoïa. (Et pour un mot sur son dernier roman, un petit clic ici). Dans un autre contexte et du même auteur, La poursuite du bonheur raconte une histoire d’amour à l’époque du maccarthysme.

A suivre ici.

4 juin 2009

Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary

Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary, Philippe DOUMENC

Et si Emma Bovary ne s’était pas suicidée, contrairement à ce que vous avez lu chez Flaubert ou à ce que vous a dit et redit votre bien aimé professeur de français. Si la pauvre Emma avait en réalité été assassinée ? C’est le point de départ de ce roman qui s’amuse (et nous amuse) à reprendre tous les personnages de l’univers très fermé de Madame Bovary et de les faire revivre le temps d’une enquête.
Un petit livre sans prétention, et sans le style de Flaubert…

Quitter le monde

Quitter le monde, Douglas KENNEDY

Chez Douglas KENNEDY, il y a toujours des personnages attachants, souvent incapables de trouver le bonheur, leur chute et ensuite leur lente remontée, grâce à une force insoupçonnée et à des alliés inattendus qui leur redonnent goût à la vie. Ces récits, forts en rebondissements, sont aussi prétextes à une critique virulente de l’Amérique d’aujourd’hui et d’hier. On se souviendra des Charmes discrets de la vie conjugale et de La Poursuite du bonheur qui nous avaient passionnés (et dont nous disons un mot ici). KENNEDY revient aujourd’hui avec Quitter le Monde.
C’est le personnage de Jane, jeune universitaire détentrice d’un doctorat en littérature à Harvard, qui souhaite quitter le monde après les nombreuses tragédies qui ont détruit sa vie : un père manipulateur, une mère culpabilisatrice, la perte de son amant, la trahison de son compagnon et surtout, la mort de sa petite fille. Et pourtant, malgré sa décision de tout quitter, elle remontera lentement à la surface. Histoire d’amour, tragédie, intrigue policière, KENNEDY mélange les genres et les univers, passant presque sans transition du monde universitaire à celui, impitoyable des traders. Haletant mais peut-être un peu décousu…

Ce que le jour doit à la nuit

Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina KHADRA

Le dernier roman de Yasmina KHADRA relate la vie, des années 30 à nos jours, de Younès, un garçon algérien. Le père de Younès ayant tout perdu, celui-ci sera confié à son oncle, marié à une française, qui tentera de lui donner la meilleure éducation possible. Les conflits qui agitent ensuite le pays troubleront l’existence du jeune homme, déchiré entre son milieu pied-noir et son origine algérienne.
Un beau récit de vie marquée par la tragédie mais peut-être parfois un peu consensuel. Si on ne s’ennuie pas, on ne retrouve pas, dans ce dernier roman, le souffle et la force avec lesquels KHADRA nous avait séduits, notamment dans ce petit chef d’œuvre de justesse, L’Attentat, qui parlait sans concession du conflit israëlo-palestinien.