Affichage des articles dont le libellé est Pays-Bas. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pays-Bas. Afficher tous les articles

9 mars 2013

Bon appétit bien sûr !

Le Dîner, Herman KOCH

Un dîner de famille qui nous plonge dans les recoins les plus obscurs de l’être humain. À déguster saignant.  

Deux frères se retrouvent, avec leur épouse, pour un dîner dans un resto mondain et branché où obtenir une réservation tient de l’impossible. Rien de trop difficile pour Serge : annoncé comme le prochain premier ministre des Pays-Bas, son nom ouvre toutes les portes. Mais il en faudrait plus pour donner envie à Paul, le narrateur, de passer une soirée à la table de son frère : tout dans le comportement de Serge l’énerve, des platitudes de sa conversation (le dernier Woody Allen : un chef d’œuvre !) à sa manière de goûter le vin. Cependant, à mesure que le repas avance et que l’objet de la soirée se précise, d’autres tensions apparaissent et la digestion s’annonce difficile.
Mon billet sera court car il ne faut vraiment pas en dire davantage, voire même éviter de lire la quatrième de couverture. Ce roman joue sur la découverte de zones d’ombres de plus en plus effrayantes. Pas de coups de théâtre mais plutôt l’entrée progressive dans les pensées du narrateur et sur les raisons de sa présence au dîner.
Tout démarre sur le ton de la comédie de mœurs mais l’humour badin vire rapidement au cynisme et laisse entrevoir à certains moments un abyme de cruauté et de violence insoupçonnés. Je pensais lire une variation sur le même thème que celui du Dieu du carnage de Yasmina Réza, mais il n’en est rien. Pas de grand déballage à table : on plonge ici bien plus profondément dans les recoins les plus obscurs de l’humain.
L’écriture et la construction sont remarquables. Cependant, seul bémol, j’ai parfois eu l’impression que l’auteur s’était laissé emporter et qu’il n’hésitait pas à en rajouter une couche là où certains silences en auraient dit davantage.

Un livre découvert chez In Cold Blog.

Référence :
Herman KOCH, Le Dîner, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, 10/18, 2013.

11 mars 2011

Le bonheur est-il vraiment dans le pré ?

Là-haut, tout est calme, Gerbrand BAKKER

Le premier grand coup de cœur de 2011. Rien que ça.

Là-haut, c’est au départ l’étage où Helmer décide d’installer son vieux père. Un mouvement sans précédent dans cette ferme où tout semble figé depuis des années, depuis la mort de la mère voire même depuis la mort du frère jumeau, il y a plus de trente ans. La vie à la ferme laisse peu de place à la nouveauté, rythmée par les gestes à accomplir chaque jour : la traite des vaches, le nettoyage des étables, … Une vie qu’Helmer n’a pas voulue mais que la mort accidentelle de son jumeau lui a choisie. Il a du prendre la place du fils préféré et abandonner ses études à Amsterdam pour se consacrer entièrement à la petite exploitation familiale. Plus qu’un travail, un exil dans un monde d’hommes, silencieux et routinier, avec comme seule distraction la visite occasionnelle d’une voisine et de ses deux jeunes enfants. Alors cette idée de placer son père à l’étage et de le couper définitivement du quotidien de la ferme, c’est presque une révolution. Pourtant, Helmer est loin de penser à refaire sa vie. Recommencer tout à cinquante-cinq ans ? À d’autres. Partir pour le Danemark, comme d’autres l’ont déjà fait, quitter la condition de paysan, ce serait comme si Sisyphe abandonnait son rocher. Et pourtant, il y a encore là, quelque part dans le frémissement du corps d’Helmer, une partie de lui-même qui, dans le silence inquiétant de la nuit de la campagne, parvient encore à faire entendre sa voix…
J’en dirai bien moins que la présentation de l’éditeur et je laisserai aux lecteurs le plaisir de la découverte. Et pour que cela soit bien clair : précipitez-vous ! Ce premier roman a été pour moi un moment de lecture intense dont j’ai eu du mal à sortir. Beaucoup de finesse dans l’écriture et dans la manière de suggérer, avec pudeur et poésie, les infimes mouvements de la conscience que les personnages ont d’eux-mêmes. Des thèmes que l’on a souvent rencontrés (l’imminence de la mort, la relation au père, la gémellité, …) mais amenés avec une incroyable justesse qui laisse toute sa place à l’émotion sans jamais tomber dans la mélodrame ou la mièvrerie. BAKKER parvient à parler du désir et du bonheur sans jamais les nommer, en amenant de manière inattendue un peu de sable dans les rouages de la vie bien réglée de son personnage.

Un énorme merci à la collègue de notre dream team qui m’a mis ce beau roman entre les mains.

Les avis de Clara, de Gwenaëlle et de Dominique.

Message perso : je pense que cela pourrait beaucoup plaire à Laurent.

Référence :
Gerbrand BAKKER, Là-haut, tout est calme, traduit du néerlandais par Bertrand Abraham, Folio, 2011.

11 novembre 2009

Saga iraniennne

La maison de la mosquée, Kader ABDOLAH

Chronique romanesque et poétique sur les transformations de l’Iran au vingtième siècle.

Aga Djan, riche marchand de tapis au bazar de Sénédjan, est le chef de la mosquée où vivent également les familles de l’imam et du muezzin. Une micro-société qui regarde se succéder les saisons, grandir les enfants et, de loin, s’amonceler les problèmes politiques de l’Iran, alors dirigé par le shah. Dans cette mosquée, on pratique un islam modéré, à la fois respectueux des traditions ancestrales et ouvert sur le monde; on peut s’émerveiller devant les premiers pas de l’homme sur la lune, s’adonner au plaisir des sens et laisser aux femmes le soin de disposer de leur destin. Harmonie fragile face aux mouvements de l’Histoire.
Car quand Galgal, le beau-fils de l’imam, reprend la charge de celui-ci et se met à propager l’anti-américanisme et un islam intolérant, la ville commence à gronder. Galgal est un ambitieux qui voit bien au-delà de la mosquée. Il pense rejoindre Khomeyni et, avec lui, renverser le régime et installer une république islamique.
La vie des habitants de la mosquée va subir les outrages de la révolution et voir peu à peu s’éteindre sa quiétude.
La force de ce roman est de montrer, à travers une foule de personnages, tous les aspects de la société iranienne. Des grands-mères qui rêvent du prophète qui pourra les envoyer à La Mecque, de jeunes militants gauchistes, des fumeurs d’opium, et même un Khomeyni amateur de documentaires animaliers, … La fresque imaginée par ABDOLAH, et c’est une caractéristique qui souvent nous plait dans les romans, parvient à aborder l’histoire d’un pays à travers des destinées individuelles. Des personnages qui vont et viennent, acteurs ou victimes des transformations de la société. L’originalité de ce roman est aussi d’amener tout cela avec douceur et sensualité et parfois même avec humour et poésie.
Kader ABDOLAH est né en Iran mais vit aux Pays-Bas, où il a obtenu l’asile politique, depuis 1988. Il écrit notamment dans le quotidien De Volkskrant. La vision de l’Islam qui ressort de son roman est modérée et très loin de certaines dérives fanatiques d'hier et d'aujourd'hui.