Le Dîner, Herman KOCH
Un dîner de famille qui nous plonge dans les recoins les plus obscurs de l’être humain. À déguster saignant.
Deux frères se retrouvent, avec leur épouse, pour un dîner dans un resto mondain et branché où obtenir une réservation tient de l’impossible. Rien de trop difficile pour Serge : annoncé comme le prochain premier ministre des Pays-Bas, son nom ouvre toutes les portes. Mais il en faudrait plus pour donner envie à Paul, le narrateur, de passer une soirée à la table de son frère : tout dans le comportement de Serge l’énerve, des platitudes de sa conversation (le dernier Woody Allen : un chef d’œuvre !) à sa manière de goûter le vin. Cependant, à mesure que le repas avance et que l’objet de la soirée se précise, d’autres tensions apparaissent et la digestion s’annonce difficile.
Mon billet sera court car il ne faut vraiment pas en dire davantage, voire même éviter de lire la quatrième de couverture. Ce roman joue sur la découverte de zones d’ombres de plus en plus effrayantes. Pas de coups de théâtre mais plutôt l’entrée progressive dans les pensées du narrateur et sur les raisons de sa présence au dîner.
Tout démarre sur le ton de la comédie de mœurs mais l’humour badin vire rapidement au cynisme et laisse entrevoir à certains moments un abyme de cruauté et de violence insoupçonnés. Je pensais lire une variation sur le même thème que celui du Dieu du carnage de Yasmina Réza, mais il n’en est rien. Pas de grand déballage à table : on plonge ici bien plus profondément dans les recoins les plus obscurs de l’humain.
L’écriture et la construction sont remarquables. Cependant, seul bémol, j’ai parfois eu l’impression que l’auteur s’était laissé emporter et qu’il n’hésitait pas à en rajouter une couche là où certains silences en auraient dit davantage.
Un livre découvert chez In Cold Blog.
Référence :
Herman KOCH, Le Dîner, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, 10/18, 2013.
