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28 juin 2015

Dead man talking

R.J. ELLORY, Papillon de nuit

En Caroline du Sud, dans les années 1950-1960, l'amitié entre un jeune noir et un jeune blanc n'est pas chose fréquente. Qu'importe, ce qui unit les deux garçons se passe au-delà de la couleur de peau. Nathan et Daniel grandissent dans une Amérique en crise, marquée par les assassinats politiques, les luttes pour les droits civiques et l'enfer de la guerre du Vietnam. Ensemble, alors que leurs bêtises d'enfants font peu à peu place aux questionnements de jeunes adultes, ils cherchent à donner un sens à toute cette absurdité, à trouver leur place au monde, quitte à devenir hors-la-loi. 
C'est sur cette longue amitié et sur sa tragique conclusion que revient Daniel, en attente de son exécution dans le couloir de la mort. Un récit sous forme de confession et la traversée d'une époque mouvementée.

Le premier roman de R.J. Ellory est enfin traduit en français et inaugure la nouvelle collection de poche des éditions Sonatine. On y trouve les éléments repris et développés par la suite dans tous les romans de l'écrivain: critique virulente de la société américaine, poids et fantômes de l'histoire, aspiration au Bien et fascination pour le Mal. Cette plongée dans les démons de l'Amérique est, comme à chaque fois chez Ellory, suffocante mais terriblement juste et à hauteur d'homme. 

Une bonne pioche pour les vacances et, pour moi, l'occasion de ranimer un peu notre blog...

Référence:
R.J. ELLORY, Papillon de nuit, traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau, Sonatine +, 2015.

14 avril 2012

L’ombre et la lumière

Les Anges de New York, R.J. ELLORY

Au-delà du thriller et du roman noir, le dernier Ellory traduit en français est une réussite.

Frank Parrish se trouve dans une mauvaise passe, tendance crise existentielle. Pointé du doigt par sa hiérarchie pour des erreurs de procédure, cet inspecteur au NYPD est mis à l’épreuve : retrait de salaire, suspension du permis de conduire et obligation de se rendre quotidiennement à un entretien avec la thérapeute de la brigade. L’occasion de se pencher sur son divorce, sa relation conflictuelle avec sa fille et, surtout, de se confronter à la mémoire de son père, John Parrish. Héros de la chasse aux gangs dans les années quatre-vingt, de ceux qui ont contribué à nettoyer New York, une légende de la police mais en vérité, selon son fils, le pire des ripoux. Son métier de flic est donc tout ce qui reste à Frank Parrish. Chercher inlassablement, parfois au mépris des règles, à mettre un peu d’ordre dans le chaos du monde contemporain. L’enquête qu’il mène sur le meurtre d’une adolescente vient lever le voile sur un monde d’une violence implacable qui n’a que faire de l’innocence de ses victimes. Mais qui, au final, se soucie encore de l’innocence ?
Neuvième roman d’Ellory (le quatrième traduit en français), ces Anges de New York font le pont entre les précédents livres de l’auteur. L’innocence perdue, l’obsession pour la vérité, la corruption, la face cachée de l’Amérique : ce sont là tous les éléments qui entrainent le lecteur au fil des pages, dans une intrigue tendue, maîtrisée à la perfection. Mais ce n’est pas juste un roman noir de plus. Les héros de l'auteur existent dans une complexité qui dépasse les contraintes du genre. Un flic alcoolo, dépressif mais pas un cliché comme on peut en croiser souvent dans ce genre de littérature. Les personnages d’Ellory sont des êtres de failles, en lutte contre eux-mêmes (l’ennemi intérieur est l’un des thèmes de prédilection de l’auteur) qui cherchent, comme chez Scorsese, le chemin de la rédemption. Et vers la fin du roman, l’auteur parvient même à prendre son lecteur à revers en passant soudainement dans en registre différent pour contourner complètement les chemins trop balisés du thriller.
Il est souvent question d’ombre et de lumière dans ce roman. Pas seulement le bien et le mal. Plutôt la part d’ombre inhérente à chaque lumière. Et c’est ce qui amène le livre dans des contrées bien plus vastes que celle de la littérature de genre. La chasse au crime organisé menée par la police n’est qu’illusion. Si Parrish passe tout son temps à combattre le chaos, sa vie privée est un désastre. Et plus profondément, il semble que derrière sa quête pour la justice se cache un attrait pour tout ce que l’humain possède de plus noir…
Nous avons déjà dit ici tout le bien que nous pensons d’Ellory. Après la toute petite déception des Anonymes, Les Anges de New York nous replongent dans tout ce qui fait de lui l’un de nos auteurs préférés. 

Référence :
Les Anges de New York, R.J. ELLORY, traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau, Sonatine Éditions, 2012.

19 novembre 2010

Anonymes mais pas inconnus

Les Anonymes, R.J. ELLORY

Dernier roman de notre chouchou du moment : oui, mais…

ELLORY est l’un des auteurs qui nous a le plus enthousiasmés ces derniers temps. Dans ces deux romans traduits en français (dont nous avions parlé notamment ici), il revisitait le roman noir pour en donner une vision plus profonde, on pourrait presque dire plus littéraire, avec un mélange de mélancolie très sombre, de cruauté effrayante et, dans le cas de Vendetta, d’une relecture originale de l’histoire des Etats-Unis. La part sombre, la part de l’ombre de l’humain, horrible, cruelle mais littérairement construite. Autant dire qu’on attendait avec impatience la sortie d’un nouveau roman. Mais nos attentes sont souvent bien difficiles à contenter et il en va de même pour les livres…
Les Anonymes se présente davantage comme un thriller. Une série de meurtres violents et reliés par un mode opératoire effrayant, un flic au bout du rouleau, une course à l’indice, etc. Mais à côté des ingrédients traditionnels du genre, ELLORY parvient rapidement à insérer une dimension politique et à renouer avec l’un de ses thèmes-phares : la création d’un monstre. L’enquête avance par sauts de puce, entrecoupée des bribes de confessions d’un homme, peut-être le tueur. Ce récit parallèle rejoindra finalement celui d’une enquête à rebondissements aux allures de scandale politique de grande échelle.
Autant le dire tout de suite, Les Anonymes est un excellent thriller qui fonctionne pleinement, se dévore avec avidité. Et pourtant, je m’attendais à mieux. Moins de profondeur que dans les romans précédents, une certaine impression de déjà-lu (avancer que les agents de la CIA ne sont pas tous des enfants de chœur, ce n’est pas des plus original…), une première partie parfois un peu laborieuse (avec toutes les vingt pages une sorte de répétition inutile de l’état des lieux de l’enquête). John Robbey, le « méchant » de l’histoire, a beau être un personnage assez bien construit, il ne possède pas la même dimension que les anti-héros « elloriens ».
Donc un brin de déception mais qui ne m’empêchera d’attendre impatiemment le prochain.

Même avis chez Emeraude.

Et pour terminer sur une bonne note : un entretien avec l’auteur réalisé par BOB.

8 janvier 2010

Chi se ne frega?*

Vendetta, R.J. ELLORY

Bien plus qu’un polar, une fresque passionnante sur l’Amérique et le crime organisé. Un premier chouchou pour 2010.



Je n’oublierai pas Ernesto Perez. Des monstres de la littérature, des grands méchants, il est, de ce que j’ai lu jusqu’à aujourd’hui, l’un des plus cruels. Une sauvagerie presque animale, une froideur mécanique dans l’exécution de crimes commis au nom de la famille. Pas n’importe laquelle, bien sûr. Je veux parler de la familia, celle qui veille jalousement sur ses intérêts, sur sa petite chose, la cosa nostra…
Mais avant de rencontrer ce personnage hors norme, le roman s’ouvre magistralement sur une journée d’été torride à la Nouvelle-Orléans. Un mélange d’odeurs fétides et entêtantes et de bruits agressifs. Une ville qui semble fondre sous le soleil et révéler au monde sa beauté et sa laideur. Un cadavre affreusement mutilé est retrouvé dans une voiture d’un autre âge. C’est le garde du corps de la fille de Charles Ducane, gouverneur de Louisiane. Et la fille a disparu, enlevée par un étrange ravisseur, Ernesto Perez, qui, en échange, ne demande qu’à être entendu par Ray Hartmann, un simple fonctionnaire de Washington en pleine crise conjugale.
Perez a décidé de raconter sa vie, son parcours de cubain exilé aux Etats-Unis qui, presque d’instinct, choisit la voie du crime et du meurtre de sang-froid. Des compétences appréciées par la mafia qui fera de lui un tueur à gages.
Le récit de Perez retrace un demi-siècle de l’histoire des Etats-Unis à travers celle de la mafia. A côté des multiples chevilles ouvrières d’un système clandestin et complexe, on croise aussi de grands noms : Kennedy, Castro, Nixon, … Comme si cette grande nation s’était construite atour du crime, de la corruption et des trafics en tous genres.
Mais Vendetta est aussi un polar qui tient en haleine et regorge de suspense, car de la confession de Perez dépend le sort de la jeune fille kidnappée et c’est une course contre la montre que vont vivre les agents du FBI, Hartmann et le lecteur.
Premier livre lu en 2010 (première brique aussi) et déjà premier chouchou. Et en plus c’était un cadeau de Voyelle (aka Amandine).
La fresque qui prend forme à travers le discours de Perez est passionnante, tant dans sa dimension historique que dans ses implications individuelles. Perez est un être amoral dans un roman qui ne se veut jamais moralisant. Il commet les pires atrocités (attention aux lecteurs sensibles) mais fait preuve d’une grande lucidité sur ce qu’il est et les raisons de ses choix. Et, c’est assez étonnant, on finit même par éprouver une certaine empathie pour l’homme.
Ces grandes qualités romanesques sont aussi relevées par le souffle et la précision de l’écriture de ELLORY (qu’on avait déjà grandement appréciée ici). Les descriptions des lieux, des époques et des ambiances sont enlevées, minutieuses mais jamais pesantes. Et l’auteur met tout en œuvre pour nous faire véritablement rentrer dans la peau du personnage.
Non, vraiment, je ne suis pas prêt d’oublier Ernesto Perez.

*en gros : qu'est-ce que ça peut foutre ?

(Niveau 3)

8 février 2009

Seul le silence

Seul le silence, R.J. ELLORY

Seul le silence, premier roman de l’énigmatique R.J. ELLORY, est présenté comme un nouveau et excellent polar. Le quatrième de couverture le dit : il s’agit d’un homme qui consacre sa vie à la recherche d’un véritable "serial killer", qui pendant trente ans, va violer et tuer des petites filles avant de les couper en plusieurs morceaux. Sur la couverture, un éloge de Michaël CONNELLY, célèbre auteur de romans policiers, nous confirme le genre. Mais si ce roman est effectivement excellent, il s’éloigne cependant fortement du roman policier traditionnel.
En effet, le récit porte davantage sur le parcours atypique de Joseph Vaughan et de l’influence que ces crimes auront sur sa vie que sur les crimes eux-mêmes. L’histoire démarre au début de la seconde guerre mondiale, dans le petit village d’Augusta Falls, par la mort du père du jeune Joseph Vaughan, début des nombreuses tragédies qui toucheront le personnage. Ses talents d’écrivain feront de lui un être à part, lui permettront de quitter la Géorgie pour New York et de faire entendre sa voix, mais ne lui épargneront aucune souffrance.
Un livre surprenant, sombre, fort dans lequel on entrevoit nombre de références au maître du roman noir, James ELLROY, à qui ELLORY a plus que probablement pensé en choisissant son pseudonyme.