Affichage des articles dont le libellé est bande dessinée. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bande dessinée. Afficher tous les articles

7 janvier 2015

Encre noire

Censure, liberté d'expression, rôle des artistes, des intellectuels, ... Des sujets que nous abordons souvent avec nos élèves. 

Que dire ici sur cette triste actualité? 

Vous rappeler un billet sur une BD que nous avions particulièrement aimée, à l'époque, et que nous allons relire et partager.

En février 2006, l’hebdomadaire Charlie Hebdo, après la publication des caricatures de Mahomet, se retrouve devant les tribunaux pour « injures publiques envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion ». Joann Sfar assiste à l’intégralité des débats et nous livre la chronique, sous forme de bande dessinée, d’un procès qui parle de racisme, de laïcité et du droit à l’expression. Avec ses dessins croqués en vitesse et son humour, Sfar retranscrit les brillantes tirades de certains témoins qui ne rappellent rien de moins que les bases de la démocratie.
À l’instar de son auteur, un ouvrage étonnant et remarquable.

Référence:
Joann SFAR, Les Carnets de Joann Sfar: Greffier, Delcourt, «Shampooing», 2007.

16 juin 2014

Les lettres à la case

Literary Life — Scènes de la vie littéraire, Posy SIMMONDS
Entre 2002 et 2005, Posy Simmonds, auteure des romans graphiques Gemma Bovery et Tamara Drewe, a tenu une chronique dans le supplément littéraire du Guardian. Avec beaucoup d’humour, elle y mettait en scène le petit monde de la littérature : librairies, auteurs, éditeurs, agents, …
Au fil des pages de ce recueil, qui vient de paraître dans sa traduction française, elle porte un regard amusé sur les habitudes et les travers de la scène littéraire anglaise : l’écrivain en mal de publicité, l’angoissé de la feuille blanche, la susceptibilité du créateur qui n’a pas confiance en lui, le succès de la littérature jeunesse que personne ne prend au sérieux, la petite librairie qui doit faire face à l’arrivée d’un mégastore, … Le ton est clairement satirique mais la caricature semble assez juste et plutôt bienveillante.
Chaque chronique tient en une page et offre à la dessinatrice un terrain de jeu plus étendu que celui de l’album traditionnel. Elle change de style et de trait en fonction de la petite histoire ou de l’instant qu’elle raconte. Les histoires du Dr Derek, spécialiste des maladies d’écrivain (grosse tête, plagiat aigu, gestation difficile, …) rappellent la BD des années 1960. Les aventures de Rick Raker, agent spécial (livres disparus des librairies, buzz, …), renvoient plutôt aux comics d’avant-guerre (à la Dick Tracy). On pense parfois aussi (notamment pour les pages composées d’un seul dessin) aux croquis de Sempé, lorsque celui-ci s’intéresse au monde de la culture.
Beaucoup de légèreté donc dans cet album qu’on pourra laisser trainer dans la maison pour le lire par petits morceaux.

Référence :
Literary Life — Scènes de la vie littéraire, Posy SIMMONDS, traduit de l’anglais (Angleterre) par Lili Sztajn et Corinne Julve, Denoël Graphic, 2014.

25 janvier 2010

L'(extra)ordinaire du quotidien

Les Petits Riens, Lewis TRONDHEIM

La malédiction du parapluie, Le syndrome du prisonnier, Le bonheur inquiet et Mon ombre au loin : quatre albums de bande dessinée avec beaucoup de pas grand chose, ou comment raconter la vie en s'émerveillant du quotidien.



Depuis quelques années, force est de constater que nous, gens de Belgique, avons perdu le monopole de la créativité en matière de bande-dessinée. Longtemps nous avons été le pays de référence de l'art des bulles, pendant que la France boudait ce genre mal reconnu. Mais depuis quelques années déjà, la bande dessinée française rattrape ses années perdues et les dessinateurs et/ou scénaristes (et souvent les deux à la fois) de talent sont de plus en plus nombreux. On parle de la "Nouvelle bande dessinée" avec des artistes de renom tels Yoann SFAR (désormais aussi cinéaste, puisque réalisateur du très attendu Gainsbourg (vie héroïque)), David B., BLAIN, Manu LARCENET,... et bien sûr Lewis TRONDHEIM.
On a découvert TRONDHEIM grâce à l'irrésistible Lapinot, on a dévoré l'inépuisable et géniale série Donjon, et on se régale désormais de ses Petits Riens. Les Petits Riens de Lewis TRONDHEIM dont le quatrième tome, Mon ombre au loin, vient de sortir, sont une compilation de planches qui, comme son nom l'indique, raconte les petits riens du quotidien. Lewis se met en scène, comme toujours sous la forme d'un canard au bec proéminent, et croque les petits événements de sa vie. Impossible de ne pas se retrouver dans ces petites histoires sans importance : réflexion devant la télévision, petits moments de panique dans une ville étrangère, scènes étonnantes aperçues dans la rue, envolée philosophique en observant les étoiles, considérations sur la technologie moderne,... Bref, tout ce qui fait la vie. Lewis s'énerve en regardant une série télévisée qui nous fait croire que l'on peut agrandir l'image cinq milles fois pour voir l'assassin dans l'œil de la victime, Lewis apprend avec tristesse dans sa chambre d'hôtel à Paris que leur chat est mort, Lewis s'étonne de voir un scooter à trois roues, Lewis est un peu hypocondriaque,... On sourit beaucoup, parfois on rit franchement, de temps en temps on est un peu ému. Les Petits Riens de Lewis TRONDHEIM, "un livre avec beaucoup de pas grand-chose" comme il est écrit sur le quatrième de couverture, est un ouvrage rempli d'humanité. TRONDHEIM nous fait partager son bonheur inquiet (qui est d'ailleurs le nom du troisième tome) et nous fait nous sentir appartenir à la communauté des hommes. Pas besoin de longs discours pour faire passer une émotion, la justesse du trait suffit. De la grande littérature, quoi...