12 février 2012

La délicat...quoi ?

La délicatesse, David FOENKINOS

À de moins de vivre sur une autre planète, comment ne pas avoir entendu parler de La délicatesse. Révélation littéraire ou imposture médiatique ? Quelques mots de ce désormais phénomène littéraire (et maintenant cinématographique).

Je me méfie toujours des grands succès de librairies... Surtout s'il s'agit d'un livre français contemporain. Snobisme ! me dirait ma sœur. Pourquoi un livre qu'on voit dans toutes les mains, sur tous les étals et dont tout le monde parle serait moins bon qu'un autre ? Parce qu'il n'est pas assez élitiste ? Et puis quoi, si ça se trouve, j'éprouverais un réel plaisir à sa lecture, même si par la suite il ne m'en reste pas grand chose. Ce serait peut-être un livre à rajouter à la liste des fameux page turner dont on vous a parlé ici.
Et voilà qu'après toutes ces réflexions philosophiques édifiantes, le hasard (où plutôt l'un des membres de notre groupe de lectures destinées aux élèves) me le met entre les mains. Certes, j'ai bien vu que le propriétaire du livre avait l'air un brin embarrassé et pas du tout sûr d'avoir raison de le proposer, mais, n'écoutant que mon courage, pleine de bonnes résolutions dont celle d'acquérir une plus grande ouverture d'esprit, et voyant là un signe que le destin voulait me faire lire ce fameux bouquin, je suis rentrée chez moi avec La délicatesse et (après avoir tourné autour pendant quelques semaines) ai entamé la lecture du roman de Foenkinos, déjà adapté en film par l'auteur lui-même et son frère, et avec dans le rôle titre  notre délicat compatriote, François Damiens.
Je l'ai lu d'une traite, en deux jours à peine, et j'éprouve maintenant une réelle joie... Non pas celle d'avoir découvert un livre étonnant, subtil et passionnant à la fois, non pas celle liée à la recherche frénétique du nom des autres romans de l'auteur et de me précipiter dans une librairie pour les acheter... non, non, non, rien de tout cela. Juste la joie de pouvoir dire beaucoup beaucoup de mal d'un livre d'une platitude tellement inouïe que je n'ai pas le moindre scrupule à attaquer son auteur pourtant probablement plein de bonnes intentions (quoique, à bien y réfléchir, c'est même pas sûr). 
La Délicatesse (qui n'a, vous l'avez compris, de délicat que le nom) est l'histoire d'un deuil, celui de la pauvre mais tellement jolie et attirante Nathalie qui perdit, dans un accident de jogging, son bien aimé, celui qui avait décidé que si elle commandait un jus d'abricot ("un petit peu original sans être toutefois excentrique") lors de leur première rencontre, il l'épouserait. Et devinez ce qu'elle choisit ?
Bref, Nathalie est triste (mais l'auteur avait justement précisé en début de livre, dans une de ses horripilantes notes en bas de page, qu'"il y a souvent une nette tendance à la nostalgie chez les Nathalie"), et malgré que tout le monde veut soit la draguer, soit en faire son amie, elle choisit délibérément la solitude. Jusqu'au jour où, sur un coup de tête (qu'on ne comprendra, nous lecteurs peu sensibles, absolument jamais) elle décide d'embrasser fougueusement Markus, un de ses collaborateurs qui à première vue n'a aucun intérêt. Sauf que le garçon en question s'avère finalement beaucoup plus... délicat qu'il n'en a l'air.
Voilà, c'est tout. La fin est exactement celle que vous imaginez et à part deux ou trois personnages secondaires, il n'y a absolument rien d'autre dans le livre. Ah, si : il y a les notes en bas de page suscitées et de petits chapitres sans aucun intérêt qui entrecoupent l'histoire et qui vont du numéro de code de l'immeuble de Markus à trois aphorismes de Cioran que le personnage a lus dans le RER, en passant par les paroles de la chanson que Nathalie a écoutée dans la voiture ou encore le nombre de paquets de Krisproll vendus en 2002.
Rajoutons que pour être sûr que nous ayons compris le message et le thème général du livre, Foenkinos a décliné le terme "délicat" sous toutes ses formes à peu près une fois par page.
Pour ma part, je ferai preuve d'une certaine délicatesse et vous épargnerai les excellents jeux de mots qui me sont venus à l'esprit en écrivant ce billet et qui parlaient tous du très prononcé contraste entre le titre du livre et son contenu. 

Référence :
La délicatesse, David FOENKINOS, Gallimard, Folio, 2011.

44 commentaires:

  1. Ouais bien ce que je craignais. Hélas, il est dans ma PAL depuis sa sortie ! Et avant qu'il ne fasse autant parler de lui. Et je n'ai plus envie de le lire bien évidemment !

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    1. J'aurais difficile à t'encourager... sauf pour pouvoir également donner ton avis !

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  2. J'ai acheté plusieurs de ses titres quand on commençait à parler de lui et je ne les ai toujours pas lus. A force d'en entendre parler et pas forcément en bien, l'envie me quitte, exactement comme pour "L'élégance du hérisson" et le zoo de Pancol.
    Je commence à me demander si je finirai par les lire.

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    1. ça se lit vite et ça permet d'avoir un avis avisé sur la question...
      Mais sans vouloir te décourager, L'élégance du hérisson, c'est du Proust par rapport à Foenkinos...

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  3. J'avais exactement les mêmes a priori, et me voici donc confortée dans mon non-désir de lire ce livre. Youpi! (pourquoi je suis contente moi?)

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    1. Parce que tu vas pouvoir te plonger dans quelque chose de plus intéressant !

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  4. ton billet est hilarant. après avoir lu une première fois La Délicatesse avec une impression positive, j'ai été horripilée à la seconde lecture. quant à son dernier ouvrage, Les Souvenirs, c'est la même chose, avec pour toile de fond non pas un deuil mais la vieillesse, sans doute pour faire plus sérieux. je crois que je ne m'avancerai pas plus avant dans les livres de cet écrivain.

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    1. Horripilant, c'est le mot ! Je ne tenterai pas un autre... Merci pour le compliment !

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  5. "Le grand vide", ça serait peut-être mieux comme titre... remarque, c'est un titre recyclable, je dirais même inusable !

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  6. Je me méfiais aussi (je ne l'ai donc pas lu ni acheté) comme je me suis méfiée de "L'élégance du hérisson", d'ailleurs! Je me réjouis donc d'avoir évité ces deux romans. Pancol, je n'ai rien lu non plus...

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  7. Excellente ta critique ! J'ai trouvé ce livre tellement plat qu'il m'en est difficile d'en parler. Et apparemment, je ne suis pas le seul que les notes en bas de pages ont exaspéré...

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    1. Merci !
      Exactement ça : j'aurais pu appeler la critique "vide et agacement"

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  8. Il est parfait cet article !

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  9. Voilà l'auteur habillé pour l'hiver, et moi confortée dans mon envie de ne pas le lire (même si l'auteur me parait bien sympa quand même)J'ai des a priori terribles sur les romans français contemporains...

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    1. En lisant les réactions, je vois que nous sommes nombreux à avoir des a priori sur les romans fçs contemporains...

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  10. Pfft... ! Même pas envie de discuter (non, je n'ai pas dit : "T'es plus ma copine !") :) ! Ce livre a été un coup de coeur comme j'en ai (très) rarement, je l'ai trouvé léger et pétillant (non, je n'aime pas le champagne) et je persiste et signe.

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    1. Voir aussi le blog "Lire-écouter-voir": http://www.lire-ecouter-voir.com/article-la-delicatesse-95802454.html

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    2. Ouf ! Suis encore ta copine, alors ? Comme quoi, les goûts et les coureurs... Mais moi, j'adore le champagne !

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  11. Je fais partie de ceux (celles) qui se réjouissent à la lecture de ton billet, me confortant dans l'idée d'éviter soigneusement cet auteur, comme les trois quarts des auteurs français contemporains... Mais au moins ils nous permettent de lire des billets réjouissants comme celui-ci.

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    1. J'avoue avoir eu un malin plaisir à l'écrire ! Merci pour le compliment !

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  12. Je jubile, je jubile à te lire !! J'ai moi aussi détesté ce livre, une histoire banale, un catalogue de gadgets soi-disant "littéraires" sans intérêt, et qui n'a de délicat que le titre, en effet. Une bonne libraire de mes connaissances a estimé que le suivant "Les souvenirs" avait été publié bien trop vite, avec des erreurs inconcevables venant d'un éditeur tel que Gallimard : un auteur bien trop porté aux nues, et qu'on devrait laisser mûrir (ou autre chose ?) avant de le laisser publier encore. Cynthia, tu feras sûrement de bonnes affaires en revendant tes bouquins, tu pourras en acheter un bon à la place ??

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  13. J'ai tenté, et le bilan est à peu près le même que toi. Pas pour moi et d'une banalité affligeante.
    Et je constate que nous sommes beaucoup à nous méfier des auteurs français contemporains...

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  14. J'ai vomi ce bouquin, moi aussi (http://marecages.be/2011/03/des-flops-a-la-douzaine/). Je suis heureuse d'avoir enfin (!) trouvé une personne qui ait subi des maux équivalents aux miens et les partage sans langue de bois !
    Proprement mer-veil-leux ! :D

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    1. Je prends note de tous tes autres coups de griffe et me garderai bien de les lire ! (mais moi j'ai bien aimé L'histoire de l'amour...)

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  15. j'aurai bien aimé les jeux de mots...
    (délicatesse ? d'éléphant dans un magasin de porcelaine ?)
    (pas trouvé délicat ce livre non plus !!!!!)

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    1. La prochaine fois, je mets les jeux de mots ! Promis !

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  16. Je suis contente que Brize persiste et signe parce que moi aussi. Je m'étonne que vous soyez si nombreux à ne pas aimer. Parfois je me demande si le succès commercial ne donne effectivement pas un mauvais a priori. J'ai découvert foenkinos bien avant son succès commercial et certes il a un humour particulier auquel on peut très bien ne pas adhérer (ce qui semble donc être ton cas) mais moi j'adore. C'est décalé, léger en effet mais pas gnan-gnan (à mon goût en tout cas...) Oui l'histoire n'est pas originale mais c'est la manière dont il l'écrit qui est originale. Et je tiendrai le même discours pour "les souvenirs" qui en effet se veut plus sérieux mais qui reste du pur foenkinos quand on connaît déjà pas mal son oeuvre.

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    1. Il est fort probable que le succès commercial influence nos critiques virulentes (mais qui sont évidemment à prendre avec humour). Je ne suis pas sûre que j'aurais accroché comme toi au livre et au style de l'auteur si je l'avais lu avant son succès mais cela m'aurait très certainement moins agacé. Bien sûr, cette critique se veut plus drôle que méchante et si elle égratigne l'auteur (qui de toute façon a reçu assez d'éloges pour essuyer quelques critiques... surtout sur un blog) elle ne vise absolument pas les lecteurs ! Comme je le disais plus haut et sans ironie aucune : les gout et les couleurs, ça ne se discute pas, surtout en matière de livres !

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  17. À lire cette critique, on dirait bien que le monde des lecteurs se divisent entre partisans ou amateurs et adversaires de Foenkinos, avec bien sûr un jugement de valeur à l'appui. Je ne dirai pas si j'apprécie ou pas parce que ce n'est pas mon propos. Simplement, j'espère que la personne qui a eu le mauvais goût de vous le conseiller ne vous lira pas sinon le ou la pauvre ne se représentera peut-être plus à vos réunions de lecteurs... Sans compter qu'il avait déjà honte de le proposer! Quelle horreur.
    Si j'ai bien compris ceux qui ont "vomi" La délicatesse peuvent se faire confiance, échanger leurs goûts et dégoûts et lire les mêmes livres ...
    N'est-ce pas un poil exagéré?

    Mathilde

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    1. Comme dit juste au dessus, tout ça est à prendre avec humour ! Et ne te tracasse pas pour la personne qui m'a conseillé ce livre : c'est une très grande lectrice que je respecte beaucoup pour ses goût littéraires et ses choix de romans et qui n'hésitent jamais à être très franche sur les propositions (certains livres que j'ai proposés ont ainsi été vivement rejetés... mais c'est le jeu !) Je ne crois pas qu'il y ait de jugement de valeur, il y a juste un agacement à l'encontre d'un certain phénomène de mode. Ce blog reste un endroit d'échanges, quels qu'ils soient, même si nous ne résistons pas, parfois, à jouer au méchant et acerbe critique !

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  18. Si c'est de l'humour tant mieux... Je fais partie d'un club de lecteurs (sans portée didactique) et les choses ne se passent jamais comme cela. Si on a aimé un livre, ce doit être difficile de l'entendre démonter...

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  19. Je n'ai évidemment pas suivi ton conseil de l'enfouir tout en-dessous de ma PAL, piquée par ton billet , et je viens de publier le mien ! ;-)

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  20. Je retrouve tout à fait mes sensations de lecture dans ton billet : cette sensation de vide et d'agacement. Merci pour ce partage.

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  21. (vous avez essayé La Vie d'une Autre de Deghelt ??) ( mouhahaha - en fait, là, on a un nid...)

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    1. C'est le même genre ? Et il y a un film aussi, non ?

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  22. Je suis complètement d'accord avec ce billet, j'ai trouvé ce livre agaçant au possible, rempli de platitude, et je crois que ce qui m'a le plus horripilé c'est les notes de bas de page. J'ai eu un mal fou à le finir, je n'ose pas imaginer ce que peut donner le film...

    Ce billet m'a en tout cas bien fait rire...

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    1. Rassurée de constater que je ne suis pas la seule. Ravie de t'avoir fait rire !

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