22 juillet 2015

Qu’est-ce que tu lis pour les vacances 2015 #4 : entre les jambes

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Thibaut de MONTAIGU, Voyage autour de mon sexe

Pourquoi prendre l’avion, partir à la recherche du dépaysement, du rêve, du délassement et du plaisir quand on peut avoir tout ça… sous la main ?

Lors d’un séjour de six mois en Arabie Saoudite, Thibaut de Montaigu a du revenir malgré lui à la case « ado » de sa sexualité et redécouvrir, d’abord en se résignant puis avec joie, la veuve poignet et le plaisir solitaire. De cette expérience est née l’envie de se pencher sur la question en se demandant pourquoi, alors qu’aujourd’hui la sexualité semble bien plus libérée qu’hier, la masturbation demeure une sorte de tabou, de pratique vaguement honteuse dont on ne parle pas ou très peu. Pour preuve, le haussement de sourcils et le commentaire de la caissière de la librairie qui, en voyant le titre de l’ouvrage, m’a gratifié d’un « Eh bien ! Il en faut pour tous les goûts ! » Je ne lui ai pas rétorqué qu’il n’était pas question du goût de la chose mais que, effectivement, celui-ci pouvait considérablement varier d’une personne à l’autre… (Ah ! Si seulement on pouvait vivre dans un monde où la réplique qui tue vous vient à l’esprit sur le moment et pas dix minutes plus tard…). 

Sous-titré Se faire l’amour, l’essai analyse donc, d’abord du point de vue historique, comment cette pratique sexuelle passe, en gros, d’une conception divine, créatrice, à une condamnation religieuse et sociétale. L’auteur insiste beaucoup sur le côté créateur de l’activité, la nommant d’ailleurs « plaisir imaginaire », où la pensée se met en branle pour échafauder tous les scénarios possibles pour alimenter nos fantasmes. 

Mais surtout, la thèse défendue définit la masturbation comme intimement opposée au capitalisme qui se développe à partir du XVIIIe siècle:

Tout système politique, tout mode d’organisation sociale ne peut que rejeter le recours au plaisir égoïste puisque celui-ci sape les bases mêmes de cette organisation. Puisqu’il postule un espace de liberté absolue en dehors de tout mécanisme de régulation, qu’il passe par l’échange marchand ou le travail collectiviste. 

De là, la récupération de cette activité gratuite et accessible à toutes et tous par le marché, depuis les années 1950, via la pornographie et, plus récemment, par le commerce des sex toys. L’autoérotisme comme rempart contre la marchandisation du monde ? Pourquoi pas. « Femmes et hommes de tous les pays : masturbez-vous ! » (Notons que les animaux, comme l’explique l’un des premiers chapitres, s’y adonnent aussi.)

On est bien sûr très loin du Marabout Flash sur l’Onanisme en 10 trucs et astuces. Le ton général de l’ouvrage est, bien que très sérieux sur le contenu, assez léger. Thibaut de Montaigu est brillant et drôle dans sa manière de parler d’un sujet aussi intime.

Référence :
Thibaut de MONTAIGU, Voyage autour de mon sexe, Grasset, 2015.

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