9 octobre 2015

Victimes de la crise

Le justicier d'Athènes, Petros MARKARIS

Des meurtres et d'inquiétants suicides sur fond de crise grecque. Ou quand le polar se fait aussi brûlant que l'actualité...

Grèce 2011, la crise fait rage. Et alors que la ville est bloquée de toute part à cause des manifestants venus, chaque jour, crier leur colère et leur rage, le commissaire Charitos et ses collègues de la police criminelle s'ennuient. Pas le moindre meurtre à l'horizon, alors ils entament un grand rangement des bureaux. 
Parfois, néanmoins, ils doivent affronter les embouteillages pour aller constater des suicides, de jeunes-gens désespérés, de personnes âgées désillusionnées,... puis écouter les voisins exprimer leur angoisse face à la crise qui ne laisse de chance à personne. 
Jusqu'au jour où des cadavres, empoisonnés à la cigüe — eh oui, comme le poison qui tua Socrate — sont retrouvés dans des sites archéologiques. Très vite, Charitos découvre que les victimes ont en commun d'être des hommes extrêmement riches ayant profité du système, du malheur des autres et n'ayant pas hésité à extorquer le fisc. Le meurtrier se fait appeler le Précepteur des impôts et menace hommes d'affaire ou hommes politiques de les tuer si ceux-ci ne remboursent pas l'État de ce qu'ils lui doivent. Ayant mis plusieurs fois ses menaces à exécution, les victimes potentielles se mettent à payer... Charitos et son équipe se doivent d'arrêter le meurtrier même si leur cœur, leur conscience et surtout la population grecque ont tendance à considérer ce dernier comme le héros qu'il manquait à la Grèce.
Roman policier haletant et bien ficelé, Le Justicier d'Athènes est avant tout un roman social et politique. Le talent de MARKARIS consiste, sous couvert de l'élucidation d'une énigme assez traditionnelle, d'expliquer de manière claire et limpide la crise grecque et ses conséquences sur le petit peuple. La Grèce, dit-il, est la seule mafia qui a réussi à faire faillite. La démocratie grecque (comme partout en Europe) est responsable de cette situation. Et si la plupart de la population est asphyxiée (le jeunes n'ont plus de travail, les pensionnés plus de pension, les soins de santé et les médicaments sont désormais hors de prix, les magasins et les restaurants ferment à tour de bras,...), certains continuent de s'enrichir sur le dos des moins bien lotis. Et ceux-là, nous explique le meurtrier, ont pris parti contre leur peuple. Un argument que comprend bien le peuple grec qui malgré sa haine du gouvernement, reste attaché à son pays et veut être fier d'être grec. C'est que qu'explique Charitos à sa fille, qui veut quitter le pays, sa famille et son mari, pour enfin trouver un emploi rémunérateur. Mais partir, c'est abandonner la Grèce, c'est abandonner son peuple... Et les Grecs n'abandonnent pas les leurs.
Le Justicier d'Athènes, qui met en scène le commissaire Charitos, personnage récurent de MARKARIS, est le deuxième volet d'une trilogie sur la crise grecque. Et qui mieux qu'un romancier pour expliquer la complexité de la crise en remettant l'humain au centre des préoccupations, et qui mieux qu'un Grec pour parler de son pays car comme le dit Charitos, "s'ils peuvent pester contre leur pays, les Grecs ne supportent pas que les étrangers en disent du mal…" ?

Référence : 
Petros MARKARIS, Le justicier d'Athènes, 2013, traduit du grec par Michel Volkovitch, Seuil policier.

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