9 novembre 2012

Candide à Kinshasa

Mathématiques congolaises, In Koli Jean BOFANE

Portrait sans concession du Congo d’aujourd’hui à travers un roman d’initiation original, drôle et tragique.

Pour comprendre le monde qui l’entoure, Célio Matemona a recours aux mathématiques. Dans le chaos qui règne à Kinshasa, il est bon de pouvoir se reposer sur ces vérités immuables. Sa bible : un vieux manuel scolaire, seul héritage de sa famille disparue.
La candeur et l’originalité de la pensée de Célio attirent l’attention d’un homme fort du Président, directeur d’un bureau de renseignements et d’informations dont les intentions sont assez troubles. Pour Célio, c’est l’occasion unique de quitter une vie de misère, le royaume de la débrouille, pour aller côtoyer les plus hautes sphères de la société congolaise et mettre ses talents au service de l’État.
Vie au jour le jour, ventres vides, écarts toujours croissants entre le peuple et ses élites, … Le tableau du Congo contemporain dressé par Bofane est sans appel. Alors qu’un semblant de démocratie tente péniblement de s’installer dans le pays, le pouvoir en place, on pourrait presque parler de dictature, manipule l’opinion publique et entretient l’illusion d’un pays en marche vers le changement. Les accusations d’irrégularités aux élections de l’automne 2011 donnent amplement raison à l’auteur. Afin de dénoncer cette situation, il met en scène une série de personnages qui reflète les différentes composantes de la société congolaise. La toute-puissance de l’armée, les mensonges savamment élaborés par les dirigeants, l’absence d’un véritable pouvoir d’opposition, les manquements de la diplomatie internationale, les superstitions ancestrales, … Les attaques de l’auteur sont nombreuses et sont habilement amenées à mesure que Célio s’enfonce dans les allées du pouvoir. À côté de cela, il y a également toute la vie d’un peuple qui crie famine et qui pourtant parvient à garder le sourire. C’est d’ailleurs souvent par le biais de l’humour que Bofane tire ses flèches, en mettant en évidence l’absurdité de certaines situations.
À l’école, j’ai très peu étudié l’histoire de la colonisation belge et encore moins, contrairement à aujourd’hui, celle de la décolonisation. Jusque récemment, j’habitais dans le quartier africain de Bruxelles (Matonge, du nom d’un quartier de Kinshasa) et ce roman m’a permis d’en apprendre beaucoup sur les aspirations des Congolais.
Une bonne introduction pour la lecture qui m’occupe, par intermittences, depuis plusieurs semaines : Congo. Une histoire, de David Van Reybrouck (prix Médicis de l’essai 2012).

Référence :

Mathématiques congolaises, In Koli Jean BOFANE, Babel, 2011.

7 commentaires:

  1. Il y a toujours beaucoup d'humour chez les auteurs africains, même si le propos ne prête au départ pas à sourire. Je retrouve cet état d'esprit dans la littérature Haïtienne (notamment chez Dany Laferrière) et j'aime beaucoup.

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    1. Je n'ai pas lu Dany Laferrière mais je l'ai écouté lors d'une soirée d'hommage à Jacques Stephen Alexis (classique de la littérature haïtienne) et il était très très drôle, à la limite d'en faire un peu trop.

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  2. voilà un titre qui aurait pu me faire partir en courant ! pas pour le Congo, mais bien pour les maths ! Disons que le fait que le Congo ne soit pas un pays pour lequel j'ai un intérêt au départ, et associé aux maths dans le titre, ça ne fait pas bon ménage ! Mais l'engouement pour l'autre livre sur le Congo dont tu parles me donne à réfléchir et je le lirai donc peut être un jour (le dernier sorti, pour les maths congolaises, on verra plus tard! ;-))

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    1. À force de fréquenter de chouettes profs de math, le mot ne me fait plus peur! Et dans ce roman, les maths sont assez discrètes. Pour "Congo", un billet suivra, mais pas tout de suite...

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  3. L'ambiance de ce livre m'a immédiatement remémoré celle des Petits garçons naissent aussi des étoiles, d'Emmanuel Dongala dont j'avais adoré l'humour et la dénonciation farceuse de la corruption politique.
    Et puisqu'il est question de Congo, ne rate pas la prochaine diffusion de Tout ça (ne nous rendra pas le Congo), avec Jade et Nono, ça promet d'être culte (j'enrage de ne pas capter la RTBF) :-D

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    1. Je ne connaissais pas mais je note. C'est marrant: tu as utilisé le même jeu de mot sur Tintin/Candide dans ton billet. Je pense cependant que ce roman-ci est moins tendre.
      Je note ton conseil télé et te donne un tuyau: tu pourras voir l'émission en ligne sur rtbf.be (rubrique "TV", puis "Revoir"). On est comme ça en Belgique!

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