2 septembre 2012

Sur écoute

La malédiction d’Edgar, Marc DUGAIN

La vie et la carrière du mystérieux patron du FBI. Pas convaincant.

De 1924 à 1972, John Edgar Hoover a dirigé le FBI, indétrônable, alors que les présidents se succédaient dans le bureau ovale. Cette longévité à la tête de l’État, Hoover la doit bien sûr à son intelligence et son professionnalisme mais surtout à son incroyable sens de la politique et de la manipulation. Les écoutes organisées par le FBI, qu’elles soient avalisées ou non par le ministre de la justice en charge, lui ont donné de quoi faire pression sur tous les présidents, démocrates ou républicains. Et, en bon stratège, il ne s’en prive pas.
Pour raconter ce parcours, Dugain imagine les mémoires de Clyde Tolson, directeur adjoint du FBI et compagnon de tous les instants. Les deux hommes partageaient tout : le travail, les repas, les vacances, … Ce qui a bien évidemment laissé la place à une série de rumeurs sur l’ambiguïté de cette relation : Tolson et Hoover étaient-ils amants (la question était également soulevée dans le récent film de Clint Eastwood que je n’ai pas vu) ? Ici, Dugain laisse plus ou moins planer l’ambiguïté. Il montre les deux hommes dans leur quotidien de « couple » mais insiste lourdement sur le déni d’homosexualité chez Hoover (dans une scène de séance de psychanalyse assez amusante). Au final, la seule chose qui habite véritablement le personnage est la raison d’État et sa toute grande peur du communisme qu’il a toujours considéré comme la plus importante des menaces sur la sécurité du pays.
Pour le reste, on passe en revue la cohabitation avec les différents présidents, l’obsession de JEH pour les indiscrétions et, bien sûr, les assassinats des deux frères Kennedy. Et vu l’importance que prend cet épisode dans le livre, on se dit que l’auteur s’est laissé fasciné par ce sujet et qu’il en a oublié son personnage principal. On a souvent l’impression que Hoover passe au second plan tant Dugain semble écrasé par le mythe de JFK qu’il essaie pourtant de mettre à plat, en vain. Et même là, rien de très original sinon la xième histoire du « complot » concocté de pair par la CIA et la Mafia, le tout avec l’assentiment silencieux du FBI qui a fermé les yeux. Et voilà. Sur le même sujet, je ne peux pas m’empêcher de comparer avec James Ellroy qui lui offrait une vraie alternative littéraire au livre d’histoire (nous en avions parlé ici et ici).
On n’apprend donc pas grand chose et on s’ennuie même un peu (le long discours d’un universitaire sur la philosophie de Camus ressemble à s’y méprendre à une fiche de prépa au bac). Le sujet du livre qui semblait être le pourquoi de l’obsession de Hoover pour le pouvoir et une certaine vision de l’Amérique échappe à l’auteur.

D'autres avis chez In Cold Blog, Kathel et Emeraude.

Référence :

La malédiction d’Edgar, Marc DUGAIN, Gallimard, Folio, 2006.

17 commentaires:

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    1. Ce n'est certes pas un mauvais livre mais il m'a manqué quelque chose.

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  2. Tiens, une note négative sur ce livre, j'aurais pas cru... Faut dire que, en ce qui me concerne, je l'avais dévoré, complètement captivée par le portrait en biais d'un monstre de pouvoir. Mais, c'est vrai que j'avais complétement négligé le côté historique et n'ai vu que le romanesque.

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    1. Justement, moi je n'ai pas trouvé le portrait du personnage. Où est l'imagination et la créativité dans tout ça? En quoi l'auteur parvient-il à créer un personnage?

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    2. Pas de véritable portrait, c'est vrai. J'avais mis "en biais" parce que du coup Hoover, il m'était apparu comme une sorte d'ombre qui planait et manipulait, sans qu'on le voit vraiment faire. Et puis, j'avais trouvé que ça allait bien avec son deni d'homosexualité : l'homme qui sait tout sur les autres et pas grand chose sur lui-même, finalement ! Il faudrait que je relise la scène que tu évoques, et aussi la fiche de prep pour le bac sur Camus (smiley)...

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  3. Je me souvenais effectivement avoir beaucoup aimé !!

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    1. Je trouvais bien de montrer que mon avis était loin d'être partagé.

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  4. J'avais beaucoup aimé ce roman, peut-être parce que contrairement à toi, je ne me suis pas du tout focalisé sur l'affaire JFK mais sur le personnage de Hoover et de sa relation aux autres, et notamment à Tolson.

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    1. Je me suis focalisé sur l'affaire JFK faute d'autre chose à me mettre sous la dent...

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  5. Bof, bof, le personnage ne m'intéresse pas plus que cela, je préfère passer mon tour.

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    1. Le personnage est intéressant, simplement de par le rôle qu'il a joué pendant des années aux USA. Mais, dans le cas de ce livre-ci, je ne vois pas vraiment où l'auteur a tiré parti de la fiction.

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  6. Comme mes collègues, j'ai beaucoup aimé. Je te rejoins sur le fait que le personnage de Hoover passe au second plan (j'écrivais dans mon billet : "... plus encore que celui d'un homme, c'est le portrait d'un symbole que dresse l'auteur, celui du pouvoir véritable, qui agit dans l'ombre, tire les ficelles sans s'exposer aux dangers de la lumière, et aussi celui d'un monde où, derrière les apparences de la démocratie, règnent une terreur et une intolérance insidieuses".), mais à aucun moment cela ne m'a gênée, j'ai tout de même trouvé ce récit passionnant.

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    1. Je n'ai rien appris que je ne savais déjà (sans pour autant être un grand connaisseur de l'époque). Mais après Ellroy, tout semble un peu fade.

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  7. Sa vie officielle est connue, depuis une quinzaine d'années sa vie secrète également. Il avait des origines noires qu'il cachait et des tendances homo qu'il cachait encore plus et surtout des fiches sur tous le monde politico-médiatique ce qui l'a maintenu au pouvoir si longtemps. L'Amérique a tendance à secréter le meilleur et le pire à cadence régulière. Nous aussi mais moins souvent...

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    1. C'était effectivement un roi de la fiche et j'avais également lu quelque part qu'il avait mis au point un système de classement hors du commun (l'auteur n'en parle pas ici).

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  8. Comme Ys, je reste très tentée.
    J'aime beaucoup les nouvelles couleurs ici :-)

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